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Dopage: malgré les critiques, l'AMA lève ses sanctions contre la Russie

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La fin de l'isolement ? L'Agence mondiale antidopage (AMA) a levé jeudi les sanctions contre la Russie et son système de dopage institutionnel ayant sévi entre 2011 et 2015, malgré de vives critiques dénonçant l'indulgence d'une telle décision.

L'enjeu est crucial pour Moscou. Au-delà de l'image de la Russie dans le sport, la levée des sanctions peut favoriser sa réintégration au sein de la fédération internationale d'athlétisme (IAAF), qui l'a bannie de compétitions depuis novembre 2015.

Prudente, l'IAAF a prévenu jeudi soir qu'elle suivait son propre processus et que sa prochaine réunion sur le sujet aurait lieu début décembre.

Le comité exécutif de l'AMA a décidé lors d'une réunion à huis clos aux Seychelles de "rétablir" (neuf voix pour, deux contre, une abstention) l'agence russe antidopage Rusada "comme conforme au Code (mondial antidopage, ndlr), sous strictes conditions", a déclaré le président de l'AMA, Craig Reedie.

L'AMA veut avoir accès à la base de données électroniques du laboratoire antidopage de Moscou d'ici au 31 décembre, sous peine de nouvelles sanctions. Le comité exécutif a également requis d'éventuelles "réanalyses" d'échantillons de sportifs avant le 30 juin 2019.

- "Ombre" -

Moscou a immédiatement salué l'annonce, fruit d'un "énorme travail". Mais la polémique a redoublé sur l'attitude de l'AMA vis-à-vis de la Russie.

La décision "jette une ombre sur la crédibilité du mouvement antidopage", a déploré la vice-présidente de l'AMA, la Norvégienne Linda Helleland, qui a voté contre la levée des sanctions. "C'était une erreur de réintégrer Rusada avant qu'ils n'aient rempli toutes les conditions de la +feuille de route+ de l'AMA", a regretté la ministre norvégienne, candidate à la présidence de l'agence mondiale en 2019.

Car l'accès aux données et échantillons était initialement une des conditions préalables à la levée des sanctions.

Mais après des mois d'impasse, l'AMA avait indiqué la semaine dernière avoir reçu une recommandation interne pour lever la suspension de Rusada, décidée en novembre 2015 au début du scandale ayant révélé l'existence d'un système institutionnel de dopage entre 2011 et 2015 en Russie. Une annonce qui lui a valu un déluge de critiques sur son indulgence supposée.

"Tour de passe-passe" selon le patron de l'agence antidopage américaine (USADA) Travis Tygart, "exigences à deux vitesses" aux yeux de son homologue française (AFLD) Dominique Laurent, l'AMA a été accusée depuis de sacrifier l'intégrité du sport sur l'autel de la realpolitik.

Dominique Laurent a réitéré ces critiques jeudi, déplorant la "précipitation" de l'AMA. "Cette absence de transparence nuit gravement à la crédibilité de la lutte contre le dopage et risque de diviser ses acteurs", a-t-elle déclaré.

Mais selon M. Reedie, "sans cette approche pragmatique, nous resterions dans l'impasse et les données du laboratoire resteraient hors de notre portée indéfiniment, privant nos enquêteurs d'informations potentiellement cruciales".

"Nous allons de l'avant. J'espère sincèrement et je m'attends à ce que les autorités russes respectent leurs obligations", a-t-il déclaré à la presse à Victoria, capitale des Seychelles.

- Rapport McLaren -

Le Comité international olympique (CIO), dont Craig Reedie est membre, a "pris acte" de la décision.

Frappée par les sanctions en novembre 2015, la Rusada a déjà repris ses contrôles depuis 2017, sous tutelle internationale.

Mais il restait deux conditions fixées par l'AMA pour un retour à la normale: d'une part, que les autorités russes acceptent publiquement les conclusions du rapport McLaren sur l'existence d'un système institutionnel de dopage; d'autre part, que le gouvernement russe donne accès à l'AMA au laboratoire antidopage de Moscou, au coeur de la triche pendant des années.

La Russie a d'abord farouchement nié tout problème, avant d'avancer pas à pas vers un compromis.

Ainsi, dans une lettre mi-mai, le ministre des Sports Pavel Kolobkov reconnaît que des "manipulations inacceptables du système antidopage" ont existé. Mais quelques jours plus tard, il lâche dans une interview: "nous sommes en désaccord avec le rapport McLaren".

Décidée à tourner la page et sous la pression des fédérations internationales, la direction de l'AMA a aussi cherché le compromis, encourageant Moscou, dans un courrier du 22 juin, à se contenter d'aveux édulcorés sur "l'implication de personnes au sein du ministère des Sports et de ses entités".

Dans une autre missive du 13 septembre, le ministre russe a réitéré des aveux du bout de la plume, sans mention qu'un système d'Etat ait existé, et la promesse de remettre une copie de la banque de données du laboratoire de Moscou, mais une fois que Rusada serait réintégrée. Ce qui a suffi à l'AMA. Mais l'IAAF a rappelé ces deux conditions jeudi soir, comme si elles devaient encore être remplies à ses yeux.

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