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Droit de vote des personnes en situation de handicap mental: une étape après l'autre

Droit de vote des personnes en situation de handicap mental: une étape après l'autre
Le droit de vote pour les personnes en situation de handicap mental a théoriquement permis depuis mars 2019 à 300.000 nouveaux électeurs d'aller voter mais sa mise en pratique reste délicateSYLVAIN THOMAS

Le droit de vote pour les personnes en situation de handicap mental a théoriquement permis depuis mars 2019 à 300.000 nouveaux électeurs d'aller voter, mais à quelques mois des municipales sa mise en pratique reste délicate.

"Le vote est la forme la plus aboutie de la citoyenneté mais un travail de fond est encore nécessaire", estime Anny Bourdaleix, animatrice de l'Ancreai (fédération des centres régionaux d'études, d'actions et d'informations, en faveur des personnes en situation de vulnérabilité).

Selon une enquête nationale réalisée entre juin et août 2019 auprès de 1.300 personnes en situation de handicap intellectuel ou psychique, et présentée dans un colloque début octobre sur le thème "faciliter la participation électorale", presque 6 personnes sur 10 déclaraient posséder une carte électorale mais deux sur 10 affirmaient ne pas être informés de ce nouveau droit.

Préalable à tout processus de vote, quelque 3.000 personnes en situation de handicap mental se sont inscrites sur les listes lors des élections européennes en mai 2019, et ce, alors qu'elles n'avaient que quelques semaines pour le faire.

Cependant, selon l'Ancreai la plupart des personnes qui avaient pris la peine de s'inscrire, ont été voter, amenant "le taux de participation à 80%". Certains de ces nouveaux électeurs ont "même tenu des bureaux de vote et participé au dépouillement".

Guylaine Layec, 34 ans qui souffre de déficience intellectuelle, est allée, accompagnée de sa mère, procéder à son inscription "à temps pour les élections" car, pour elle, "voter est un devoir citoyen", explique-t-elle à l'AFP.

Plusieurs initiatives ont été prises pour poursuivre cet effort lors des municipales de mars. Un guide "Vote et handicap" détaille ainsi les conditions pratiques du vote et a été mis en ligne par l'Unapei (Union nationale des associations de parents, de personnes handicapées mentales et de leurs amis). L'Association des maires de France a assuré à l'AFP qu'une sensibilisation de ses adhérents à cette question était prévue.

- "Dur de choisir un candidat!" -

D'autres idées, recensées par l'Ancreai, sont mises en œuvre sur le terrain: des ateliers d'entraînement au vote déroulant le rite républicain, depuis l'arrivée au bureau de vote, la disposition des bulletins, la signature sur le registre, jusqu'au bulletin tombant dans l'urne au solennel "a voté".

Mais voter suppose également de choisir son candidat. L'historien Maurice Agulhon, spécialiste du suffrage universel, rappelait dans le cadre de la réflexion ayant mené au vote de la loi, que "l'apprentissage de la République" n'a pas précédé le droit de vote, "il en est le fruit".

"Disposer du droit de vote et en user, c'est apprendre à s'en servir, donc apprendre à discuter, à débattre des affaires publiques, à faire de la politique enfin", expliquait-il.

Monitrice à l'Esat (Établissement et service d'aide par le travail) des Cerisiers à Paris, Sylviane Guérin assure que "le chemin vers la citoyenneté sera long". "Pour certaines des personnes dont je m'occupe, il faudra du temps pour se forger une opinion politique", reconnaît-elle.

"C'est dur de choisir un candidat ! Parfois on se dispute entre nous: pourquoi t'as pas voté pour pour lui? qu'est-ce que tu lui trouves à celui-là?", raconte Gaëtan Gombert, 35 ans, qui avait participé au dépouillement dans la commune de Bailleul (Nord).

Nouveauté pour préparer les municipales: une application téléchargeable gratuitement en novembre décrira concrètement le processus de vote. Pour son développeur Thierry Dimbour, "il ne s'agira pas de gagner ou de perdre mais de comprendre ce qu'implique ce droit et d'apprendre comment voter".

Début octobre, Sophie Cluzel, secrétaire d'État chargée des personnes handicapées, s'est engagée à interpeller tous les candidats des partis politiques pour que leurs professions de foi soient rédigées en FALC, Français facile à lire et à comprendre. "Une clarification des programmes qui, grâce aux personnes handicapées, sera profitable à l'ensemble de nos concitoyens", a-t-elle déclaré.

Plus la participation à la vie politique des personnes en situation de handicap mental sera forte, plus elles s'approcheront de "la prochaine étape" selon elle: "l'éligibilité des personnes handicapées".

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