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Egypte: les fruits des réformes économiques se font attendre

Egypte: les fruits des réformes économiques se font attendre
Vendeurs ambulants dans une rue du centre du Caire, la capitale égyptienne le 21 février 2018KHALED DESOUKI

Dans une ruelle commerçante du quartier populaire d'Al-Azhar au Caire, plusieurs femmes lorgnent sur des tissus de toutes les couleurs pour les préparatifs d'un mariage, déplorant des prix prohibitifs.

Alors que le président Abdel Fattah al-Sissi semble assuré d'être réélu dans un mois, l'Egypte fait toujours face à une grave crise économique dans laquelle le pays avait plongé après la révolte de 2011.

"Tous ceux qui veulent se marier doivent repousser la date car plus personne n'a les moyens d'acheter quoi que ce soit", explique à l'AFP Shaima, une femme au foyer de 30 ans accompagnée de sa mère.

Selon elle, un salaire mensuel de 3.000 ou 4.000 livres (137 ou 183 euros) ne suffit plus à couvrir les dépenses du foyer.

"Ce que nous voyons-là reflète l'absence d'amélioration de la situation" économique, déplore-t-elle en désignant les prix affichés.

Comme Shaima, nombre d'Egyptiens ont du mal à percevoir les effets positifs des réformes engagées par le président Sissi, qui avait fait de l'économie l'une de ses priorités lors de son élection en 2014.

- Inflation galopante -

Pour sortir du marasme, le président égyptien avait obtenu fin 2016 du Fonds monétaire international (FMI) un prêt de 12 milliards de dollars sur trois ans, à condition de conduire un programme de réformes économiques drastiques.

Parmi elles, la dévaluation de la livre en novembre 2016, qui a perdu la moitié de sa valeur par rapport à l'euro, ou encore les coupes dans les subventions publiques -sur l'énergie et les carburants notamment- ont conduit à une inflation galopante, qui a certes reculé ces derniers mois.

En janvier, le président s'est malgré tout vanté d'un "essor sans précédent" de l'économie égyptienne durant son premier mandat.

Les réserves de change de la Banque centrale sont passées à environ 37 milliards de dollars contre 16 milliards USD en 2014, s'est-il félicité. Le taux de chômage serait passé de 13,4% à 11,9%, selon lui.

"Le gouvernement a réalisé près de 11.000 projets", a encore affirmé Abdel Fattah al-Sissi. Parmi ceux-ci, l'élargissement du Canal de Suez ou la construction en cours d'une nouvelle capitale administrative.

Mais ces projets fastueux ont laissé nombre d'observateurs sceptiques.

Selon Alia al-Mahdi, ancienne doyenne de la faculté d'économie et de Sciences politiques de l'université du Caire, le gouvernement devrait se concentrer sur les secteurs de "l'industrie, de l'agriculture et des services pour réduire le chômage de façon permanente et véritable".

Car, selon elle, "les projets nationaux ne génèrent que des emplois temporaires".

Si elle salue dans le programme de réformes des aspects positifs, la dévaluation de la monnaie représente "la pire (réforme) qui soit dans son application" en raison de ses effets néfastes sur la population.

"Si l'amélioration de l'économie se mesure à la situation et la vie des citoyens, l'objectif du programme de réformes n'a pas été atteint", conclut Mme Mahdi.

- Le FMI optimiste -

En revanche, le FMI a estimé fin janvier que les perspectives économiques de l'Egypte étaient "favorables", après un deuxième examen des mesures mises en oeuvre.

Optimiste, l'institution prévoit une croissance de 4,8% pour l'année budgétaire 2017-18 et une inflation à un seul chiffre.

Un optimisme qui ne convainc pas M. Mahmoud dans son échoppe du Caire. "Je soutiens Sissi avec le coeur et l'esprit, mais qu'est-ce que cela me rapporte à l'heure actuelle?", s'interroge-t-il.

"Les prix ont triplé voire quadruplé alors que la situation des gens se dégrade et qu'il n'y a plus de pouvoir d'achat", observe aussi Sayed Mahmoud, un marchand de tissu et de meubles de 50 ans.

Une couverture vendue à 200 livres auparavant s'achète 800 livres désormais, insiste ce père de cinq enfants.

"Auparavant, 3.000 livres me suffisaient pour les enfants et les dépenses de la maison mais aujourd'hui 12.000 livres ne me suffiraient pas, sans même parler des loisirs ou des frais médicaux", raconte M. Mahmoud.

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