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Elections en RDC: Kinshasa vise l'UE, grève générale vendredi à J-2

Kinshasa a demandé le départ du représentant de l'Union européenne à trois jours des élections prévues dimanche en République démocratique du Congo où une partie de l'opposition a lancé un appel à la grève générale vendredi.

Kinshasa "invite instamment" Bruxelles à rappeler "dans les 48 heures son chef de mission en République démocratique du Congo", le Belge Bart Ouvry, a déclaré le chef de la diplomatie congolaise Léonard She Okitundu à des diplomates occidentaux.

Il s'agit d'une mesure de rétorsion de la RDC après le prolongement des sanctions européennes qui visent 14 officiels congolais dont le candidat du pouvoir à l'élection présidentielle, Emmanuel Ramazani Shadary.

Une décision que l'Union européenne "déplore" et "juge totalement injustifiée", selon un porte-parole de l'UE à Bruxelles. "A la veille d'élections très difficiles en RDC, une telle décision ne peut être considérée que comme contre-productive", a-t-il dit.

En politique intérieure, la coalition autour du candidat d'opposition Martin Fayulu a appelé à une journée "ville morte" dans toute la RDC pour protester contre le report partiel des élections qui concerne plus d'un million d'électeurs sur 40, principalement dans le Nord-Kivu à Beni et Butembo (Est).

La Commission électorale nationale indépendante (Céni) "vient de dépasser une ligne rouge", déclare la coalition "Lamuka" ("réveille-toi" en lingala) soutenue par deux poids lourds de l'opposition au président Joseph Kabila, Moïse Katumbi et Jean-Pierre Bemba.

La coalition "exige que la commission électorale retire instamment cette décision injustifiée".

Pas question pour autant de boycott, a précisé son directeur de campagne, Pierre Lumbi.

L'autre pilier de l'opposition, l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), et son candidat Félix Tshisekedi, "condamnent" le report mais avaient indiqué dès mercredi qu'ils iraient aux élections.

De son côté, la Majorité présidentielle (MP) du président Kabila a lancé un appel à la "sérénité" en affirmant comprendre la décision de la Céni.

La centrale en charge des élections a reporté mercredi au mois de mars les élections dans la région de Beni-Butembo (Est) et à Yumbi (Ouest).

Raison invoquée: l'épidémie d'Ebola et les tueries de civils à Beni et Butembo, et de récents massacres communautaires à Yumbi.

"Illégal", "inacceptable"...: l'opposition affirme que la Céni exclut du vote des bastions anti-président Kabila.

Le ministre de l'Intérieur Henri Mova avait demandé au président de la Céni Corneille Nangaa de tenir compte du contexte "sanitaire et sécuritaire" à Beni dans l'organisation des élections.

"La décision de la commission électorale est inconstitutionnelle", a déclaré un spécialiste du droit constitutionnel congolais consulté par l'AFP.

- "Kabila doit démissionner" -

"Elle prive une partie de l'électorat de son droit constitutionnel d'élire les dirigeants de leur choix", ajoute-t-il.

La police a tiré et envoyé des gaz lacrymogènes pour disperser des manifestants à Beni, qui protestaient contre le report du vote, a constaté un correspondant de l'AFP.

Au moins six personnes ont été arrêtées à Goma où des barricades ont été dressées en plusieurs points du chef-lieu provincial du Nord Kivu, selon une autre équipe de l'AFP.

C'est dans ce contexte pré-électoral incertain que le prix Nobel de la paix Denis Mukwege a fait son retour dans la province voisine du Sud-Kivu où il a été accueilli par 2 à 3.000 personnes, mais aucun responsable politique, a constaté l'AFP.

Le Dr Mukwege a demandé le "respect de la Constitution", et constaté que le "processus électoral est dans l'impasse".

Il n'a pas réitéré son appel à la démission du président Kabila lancé dans une tribune publiée par le New York Times il y a une semaine.

"Aussi longtemps que l’actuelle gouvernance reste en place, n’importe quel scénario électoral ne mènera qu’à plus de violence, plus d’instabilité et un plus grand risque de sombrer dans la dictature", avait-il ajouté en demandant des pressions et des sanctions internationales.

Les élections présidentielle, législatives et provinciales prévues dimanche doivent entre autres désigner le successeur du président Kabila qui ne peut pas se représenter d'après la Constitution.

Ces élections ont été trois fois reportées depuis la fin du deuxième et dernier mandat constitutionnel du président Kabila: de décembre 2016 à décembre 2017, de décembre 2017 au 23 décembre 2018, puis du 23 au 30 décembre 2018.

Le président Kabila a désigné un "dauphin", son ex-ministre de l'Intérieur sous sanctions de l'Union européenne Emmanuel Ramazani Shadary.

Des violences ont émaillé la campagne, avec une dizaine de morts selon plusieurs sources, ce que nie le pouvoir.

"J’étais présente en 2011. Si l'on compare ce qui se passe aujourd'hui aux tensions de l'époque, je pense que cette campagne s'est plutôt mieux déroulée", a déclaré la cheffe de la Mission des Nations unies au Congo (Monusco), Leïla Zerrougui, dans un entretien à Jeune Afrique.

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