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Elections en RDC: l'émissaire de l'UA met la pression, RFI coupé après internet

"L'Afrique a les regards braqués vers vous": le chef des observateurs électoraux de l'Union africaine (UA) a voulu mettre les acteurs de la présidentielle en République démocratique du Congo "devant leurs responsabilités", à quelques jours de la proclamation des résultats provisoires.

Dans l'attente de cette échéance à hauts risques, les autorités congolaises ont coupé le signal de réception de Radio France internationale (RFI) et retiré l'accréditation de sa correspondante en RDC, où la radio publique française est très écoutée.

"Faites en sorte que nous ne soyons pas déçus", a déclaré le chef de la mission d'observation électorale de l'Union africaine (UA), l'ancien président malien Diacounda Traoré, après une réunion mercredi soir avec les quatre acteurs principaux de l'élection congolaise.

Il s'agit des deux principaux candidats d'opposition, Félix Tshisekedi et Martin Fayulu, d'un représentant du candidat du pouvoir, Emmanuel Ramazani Shadary, et du président de la Commission électorale nationale indépendante (Céni), Corneille Nangaa.

"Nous les avons mis devant leurs responsabilités", a poursuivi devant la presse M. Traoré, entouré de MM. Tshisekedi et Fayulu, et du représentant du candidat du pouvoir.

Il a plaidé pour le dialogue à quelques jours de la proclamation des résultats provisoires par la Céni, qui a évoqué la date-butoir de dimanche.

"Ce dialogue est conditionné par un certain nombre de choses. D'abord la bonne volonté des uns et des autres. Ensuite il y a eu les élections. Que les résultats qui seront proclamés soient conformes à la volonté des électeurs", a poursuivi M. Traoré.

M. Traoré avait lancé ce même message dans l'après-midi à la fin de la présentation de son rapport préliminaire sur les élections dimanche en RDC.

Dans l'attente des résultats, le signal de RFI a été coupé par les autorités congolaises qui ont déjà suspendu l'accès à internet et aux réseaux sociaux.

"Nous n'allons pas laisser une station mettre de l'huile sur le feu au moment où nous attendons la compilation des résultats provisoires", a déclaré le porte-parole du gouvernement, Lambert Mende.

RFI couvre abondamment l'actualité de la RDC, le plus grand pays au monde avec le français pour langue officielle (environ 80 millions d'habitants).

La correspondante de RFI a été privée de son accréditation par le porte-parole du pouvoir qui accuse la radio de proclamer "les résultats, les tendances, alors qu'il n'y a que le président de la Céni qui peut proclamer les résultats et les tendances".

RFI "regrette le retrait de l'accréditation de sa correspondante à Kinshasa, Florence Morice, qui n'a exercé que son travail de journaliste professionnelle", s'est défendue sa direction.

La radio rappelle qu'elle "n'a donné aucun résultat" et "demande l'annulation de cette mesure de retrait d'accréditation et le rétablissement de sa diffusion".

Dès lundi au lendemain du scrutin, les autorités ont demandé aux opérateurs de couper l'accès internet pour éviter "un soulèvement populaire", d'après un conseiller du président Kabila.

"Il y a des gens qui intoxiquaient la population avec de faux chiffres concernant les élections", a ajouté ce conseiller diplomatique, Barnabé Kikaya Bin Karubi.

La coalition Lamuka autour du candidat d'opposition Martin Fayulu estime que la coupure d'internet "augure de la fraude et de la tricherie en train de se faire en ce moment précis", selon son directeur de campagne, Pierre Lumbi.

Même la majorité a demandé le rétablissement de l'internet.

L'élection présidentielle doit désigner le successeur du président Kabila, contraint de ne pas briguer un troisième mandat par la Constitution.

Joseph Kabila, au pouvoir depuis l'assassinat de son père en 2001, élu en 2006, avait été réélu dans la contestation en 2011.

Les élections se sont déroulées dans un "climat apaisé et serein, malgré les ingérences et tous les défis organisationnels, politiques et sécuritaires", ont estimé les 80 observateurs de l'UA dans leur rapport préliminaire.

L'UA relève tout de même un "dysfonctionnement de la machine à voter", "la disponibilité tardive des listes électorales et des formulaires de procès-verbaux de dépouillement et des résultats", ainsi que "la suppression de plusieurs bureaux de vote à Kinshasa".

La Conférence des évêques (Cenco) doit présenter jeudi un rapport bien plus complet, fruit du travail des 40.000 observateurs qu'elle affirme avoir déployés.

Kinshasa a refusé toute mission d'observation européenne ou américaine, de même que toute aide logistique des Nations unies pour organiser les élections dans le plus grand pays d'Afrique sub-saharienne (2,3 millions de km2).

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