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Elections en Turquie: mobilisation générale pour surveiller les urnes

Elections en Turquie: mobilisation générale pour surveiller les urnes
Un atelier formation organisé à Istanbul par l'ONG turque "Oy Ve Otesi" dans la perspective des élections de dimanche, le 12 juin 2018Yasin AKGUL

Dans la chaleur pesante d'Istanbul qui envahit ce local exigu, une centaine de personnes écoutent attentivement l'exposé en griffonnant des notes sous une lumière blafarde. La leçon du jour : repérer et déjouer d'éventuelles tentatives de fraudes électorales.

A l'approche des élections législatives et présidentielle anticipées qui se tiennent dimanche en Turquie, partis d'opposition, associations ou simples citoyens se mobilisent pour surveiller les urnes et s'assurer qu'aucune irrégularité n'est commise.

Alors que ce scrutin s'annonce comme le plus serré depuis l'avènement de Recep Tayyip Erdogan au pouvoir, il y a 15 ans, la transparence du vote s'est imposée comme un enjeu majeur.

Pour la première fois, Selcan a adhéré à un parti pour pouvoir être témoin dans les bureaux de vote, une décision motivée par l'entrée en vigueur d'une nouvelle loi électorale controversée et des accusations d'irrégularités lors d'un référendum en avril 2017.

"Nous sommes inquiets (...) Le référendum a eu un gros impact sur nous", confie cette trentenaire lors de l'atelier de formation organisé à Istanbul par "Oy Ve Otesi", une ONG turque militant pour la transparence des scrutins.

Comme Selcan, des dizaines de milliers de personnes prendront place dimanche dans les bureaux de vote pour veiller au bon déroulement du scrutin.

"Plus la surveillance sera élevée, moins il y aura de problèmes", résume Gözde Elif Soytürk, la présidente d'"Oy ve Otesi" qui espère former entre 50.000 et 60.000 témoins avant le scrutin.

Mais la convocation bien plus tôt que prévu de ces élections initialement programmées en novembre 2019 a pris de court les associations et les partis d'opposition qui doivent de surcroît composer avec de nouvelles règles électorales.

- Comptage parallèle -

Parmi les mesures les plus décriées, figure la validation des bulletins et des enveloppes ne portant pas le sceau des autorités électorales. Les observateurs considèrent pourtant cet estampillage comme un garde-fou contre le bourrage des urnes.

Le Haut-comité électoral (YSK) avait introduit au dernier moment cette règle lors du référendum constitutionnel du 16 avril 2017 sur le renforcement des pouvoirs présidentiels. Le "oui" l'avait emporté de peu (51,4%), l'opposition criant à la fraude, une accusation rejetée par le gouvernement.

"Ce sera vraiment la principale chose à surveiller", souligne Me Yasemin Ulusan, une avocate du barreau d'Istanbul qui organise des séminaires pour ses confrères voulant observer les élections.

Pour le scrutin de dimanche, une trentaine de barreaux se sont associés de façon inédite pour dépêcher des avocats dans les bureaux de vote. "Dimanche, dès 06H30, nous mettrons en place une cellule de crise", indique Me Ulusan.

Signe que les craintes sont vives, les principaux partis d'opposition ont eux aussi uni leurs forces en créant une "Plateforme pour une élection juste" qui effectuera son propre comptage des voix à l'aide d'une application mobile dont ses observateurs seront équipés.

Le but, explique à l'AFP Onursal Adigüzel, député du principal parti d'opposition (CHP, social-démocrate), est de "protéger le vote de l'électeur, quel que soit le parti auquel il l'aura donné".

- "Pas confiance" -

Le président du YSK Sadi Güven a promis cette semaine que les élections seraient "très sûres" et "transparentes". Des observateurs étrangers ont par ailleurs été autorisés par le gouvernement à se rendre en Turquie.

Insuffisant pour rassurer l'opposition : "Je ne fais pas confiance au YSK", a déclaré mercredi le chef du CHP, Kemal Kiliçdaroglu.

En dépit de leur préparation, les observateurs redoutent des fraudes dans certaines zones du sud-est à majorité kurde difficiles d'accès et plus difficile à surveiller.

Or, le vote kurde déterminera en partie l'issue du double scrutin : s'il franchit le seuil de 10% des voix lui permettant d'entrer au Parlement, le principal parti prokurde HDP pourrait priver la formation de M. Erdogan (l'AKP) de sa majorité.

Les autorités ont adopté plusieurs mesures de sécurité comme le déplacement d'urnes dans certaines villes où elles jugent qu'il existe une "menace terroriste". Mais le HDP accuse le pouvoir de vouloir mettre des bâtons dans les roues de ses électeurs.

Inquiet, le parti a multiplié les appels à surveiller les bureaux de vote du sud-est. "Protège ton vote du mauvais oeil", a lancé mardi le HDP sur Twitter, un message accompagné d'une photo de M. Erdogan.

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