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En Californie, angoisse dans un campement de SDF avant une évacuation forcée

"On vient de me dire que nous devions partir, je suis en train de mettre des affaires dans un sac, je ne sais pas où aller", dit Jodi Samhat, des larmes coulant derrière ses lunettes de soleil.

Agée de 34 ans, elle vit depuis dix mois dans le lit asséché du fleuve Santa Ana à Anaheim, en banlieue de Los Angeles, comme plus de 500 personnes. Depuis quelques jours, la police et les services du comté les préviennent qu'ils doivent plier bagage.

Quelques tentes plus loin, Ashley Foster, 23 ans, a fait trois graves crises d'épilepsie depuis qu'elle sait que le camp va être démantelé.

Mike Lyster, porte-parole de la ville, assure que le comté d'Orange, où se trouve Anaheim, "ne force pas les gens à partir aujourd'hui ou demain mais le moment viendra".

Pour l'heure, la présence policière se fait graduellement de plus en plus forte et les campeurs sont incités à aller dans les centres d'hébergement.

"Il y a beaucoup d'angoisse et d'incertitude ici, et des options limitées", admet Matt Bates, de CityNet, organisation employée par le Comté d'Orange pour trouver des hébergements aux SDF.

La crise des sans-abris est l'une des plus criantes en Californie, qui compte un quart des 554.000 SDF du pays malgré son économie florissante et ses milliardaires.

A San Diego, San Francisco, Los Angeles et ailleurs, toujours plus de gens dorment dans des voitures, des tentes, sous des ponts, dans des parcs, parfois à quelques pas de restaurants ou lofts fastueux.

Il y a des anciens combattants, ceux qui souffrent de maladies mentales ou dont la vie a basculé après une perte d'emploi, un mauvais coup du sort, dans un Etat où les loyers flambent et les amortisseurs sociaux sont minimes.

- Flot intarissable -

Les autorités se disent plus actives que jamais, affichant des plans d'urgence aux centaines de millions de dollars. CityNet dit avoir aidé 200 personnes depuis juillet à "sortir de la rue", mais le flot de nouveaux sans-logements est intarissable.

Matthew Brokamp vit dans la rue depuis 18 mois: "J'ai été comme ceux de la classe moyenne", dit ce technicien de 42 ans. Cheveux courts, bien rasé, en sweat-shirt "Star Wars", il ressemble à monsieur tout-le-monde.

Jodi Samhat aussi vivait dans un appartement jusqu'à il y a quatre ans. Elle était commerciale mais son entreprise a "licencié plein de gens. J'ai cherché pendant un an un emploi", en vain.

La jeune femme aux longs cheveux bruns, accro à l'alcool et aux médicaments, est partie à la dérive. Sa mère vit non loin mais elle ne peut pas habiter avec elle. "Elle a une colocataire (...). Elle dit que je dois me reprendre en main. Elle m'en veut."

Comme la plupart des SDF du campement, elle a fait une demande d'habitation à loyer modéré, mais il faut des années pour espérer la voir aboutir. Elle n'a plus un sou.

Certains survivent grâce à l'aide de leurs proches, d'autres travaillent sans gagner de quoi se loger.

Dans les centres d'hébergement les places sont insuffisantes et beaucoup refusent de s'y rendre, citant la promiscuité, l'insécurité, l'impossibilité d'être en couple, d'amener ses animaux.

- 'Une goutte d'eau pour le comté' -

"Mes chiens sont comme mes enfants, ils m'ont aidée à tout traverser", explique Tammy Schuler, 42 ans, qui campe ici depuis plusieurs années avec sa famille.

Lassée de voir les employés municipaux jeter ses effets personnels, elle a poursuivi le comté d'Orange, aidée par des associations, gagnant le droit de rester à condition de nettoyer les déchets autour de sa tente.

L'agglomération d'Anaheim, l'une des plus riches de Californie notamment grâce au parc Disneyland, justifie l'évacuation en citant les risques d'inondation - même s'il ne pleut presque jamais - et les plaintes de riverains.

La multiplication de ces camps a entraîné un rebond de la criminalité dans certaines zones de Californie, une épidémie d'hépatite A, et des SDF sont à l'origine d'un vaste incendie à Los Angeles.

Eve Garrow, militante de l'association de droits civiques ACLU, dénonce le harcèlement et les amendes subies par des sans-abris qui sont partis et campent ailleurs.

Pour Matt Bates, "il y a assez de ressources" en Californie pour sortir 80% des gens de la rue. "C'est une question de volonté publique" et de fait, "la Californie ne construit pas assez".

Et selon Eve Garrow, "le comté d'Orange choisit de ne pas investir dans les habitations à bas prix" alors que "ce serait une goutte d'eau pour son budget de 6 milliards".

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