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En Chine, Broadway fait sortir les drag queens du placard

Talons hauts, tenues moulantes et chorégraphies sexy: la comédie musicale américaine "Kinky Boots", avec sept drag queens en vedette, a fait un tabac en Chine, en dépit des moeurs conservatrices de la société traditionnelle.

Les thématiques LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres) sont souvent censurées dans le pays. Mais le spectacle a rempli les salles durant les deux mois de sa tournée chinoise, achevée dimanche à Pékin.

La comédie musicale de Broadway raconte l'histoire de l'héritier d'une usine de chaussures qui se lie à une drag queen, Lola, afin de relancer les ventes de l'entreprise grâce à un modèle de bottes rouges extravagantes.

"Kinky Boots", dont les musiques et paroles sont composées par la chanteuse Cyndi Lauper, icône des années 1980, est un ovni en Chine, où les censeurs sont prompts à interdire tout contenu LGBT dans les spectacles grand public.

- Jupe et perruque -

La Chine a dépénalisé l'homosexualité en 1997 et l'a retirée de la liste des maladies mentales en 2001. Le mariage entre personnes de même sexe n'est pas autorisé.

Mais si l'homosexualité n'est pas taboue dans la société, les histoires évoquant des gays ou des lesbiennes ont du mal à s'imposer au cinéma. Et sont interdites à la télévision et sur les plateformes de vidéos en ligne.

En mai, le diffuseur chinois du concours de chanson de l'Eurovision avait censuré la danse d'un couple d'hommes. Et flouté des drapeaux arc-en-ciel présents dans le public, symboles traditionnels du mouvement LGBT.

Lin Jianhao, un spectateur qui a assisté à "Kinky Boots" à Pékin, est venu à la représentation vêtu d'une jupe, de talons hauts et d'une perruque.

- "Pas uniforme" -

Selon lui, même si la culture transgenre est très peu présente en Chine, le public peut facilement s'identifier au personnage de Lola car "elle a le courage d'être elle-même malgré les incompréhensions et les préjugés des autres".

"Les artistes qui jouent dans Kinky Boots m'ont fait comprendre que rien n'est impossible à notre époque. Et qu'il faut croire en soi", déclare-t-il.

Au-delà des grandes salles chinoises qui ont accueilli la comédie musicale, des drag queens chinoises commencent à se produire dans des établissements de nuit de Pékin, où elles se maquillent et se coiffent elles-mêmes.

L'une d'entre elles, qui se fait appeler Charlie Van de Ho, se produit le mercredi soir dans le night-club d'une bouillonnante rue des bars de la capitale.

"Kinky Boots peut apporter quelque chose de neuf" à la Chine, explique-t-elle, alors que des dizaines de spectateurs encouragent des drag queens qui dansent et chantent en playback sur du Christina Aguilera.

"Cela fait réaliser aux gens que le monde est divers et pas uniforme".

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