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En Chine, les ex-soldats de la guerre de Corée avides de paix

Chine

Soixante-cinq ans après, ils restent hantés par la guerre de Corée (1950-1953): ces anciens combattants chinois espèrent que le sommet intercoréen de vendredi aboutira enfin à un traité de paix Séoul-Pyongyang, synonyme pour eux de deuil du conflit.

Yu Jihua, 86 ans, se réveille encore la nuit lorsqu'il entend les avions de ligne survoler la métropole de Shanghai (est) où il habite. Le bruit lui rappelle les bombardiers américains qui fondaient sur lui et ses camarades.

La guerre avait débuté en 1950. Les troupes de Corée du Nord avaient franchi le 38e parallèle divisant alors la péninsule - entre le Nord communiste et le Sud capitaliste. Pyongyang accuse Washington d'être à l'origine des hostilités.

Le conflit sanglant s'était ensuite internationalisé: les Etats-Unis avait apporté leur soutien au Sud (dans le cadre d'un contingent international soutenu par l'ONU) et la Chine aux troupes du Nord. Des millions de militaires et de civils avaient péri.

Les combats s'étaient achevés sur un simple armistice, et non sur un traité de paix. Les deux Corées sont donc toujours techniquement en guerre aujourd'hui.

Une situation d'attente qui ronge depuis des décennies Yu Jihua et ses anciens camarades. Ils espèrent que le sommet intercoréen de vendredi vienne mettre un point final à cette incertitude.

- 'Pas été vain' -

Le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un traversera la frontière entre les deux Corées pour rencontrer le président sud-coréen Moon Jae-in. Ils discuteront de la dénucléarisation de la péninsule. Mais la question d'un traité de paix pourrait également être abordée.

"Un jour, j'espère pouvoir aller sur les tombes de mes compagnons d'armes en Corée du Nord et leur dire que notre sacrifice n'a pas été vain. Que la paix est finalement là", déclare Yu Jihua à l'AFP.

"J'espère que jamais plus la guerre ne sera utilisée comme moyen de résoudre les conflits internationaux", ajoute M. Yu, qui coule désormais une retraite paisible.

Des centaines de milliers de soldats chinois envoyés dans la péninsule, usant notamment de tactique de "vagues humaines" obligèrent les troupes du général américain Douglas MacArthur, qui avaient envahi le Nord, à se replier.

Le conflit s'était achevé peu ou prou sur les positions militaires d'avant-1950, laissant parfois dans les deux camps le goût amer d'une guerre inutile.

Le nombre de morts parmi les soldats chinois varie entre 148.000 et 400.000, selon les sources. Le propre fils aîné du dirigeant chinois Mao Zedong, Mao Anying, est mort au combat en Corée. Parmi les survivants, beaucoup souffrent encore de stress post-traumatique.

Un autre ex-combattant, Yan Huaijian, était conducteur de tank pendant la guerre. Jusqu'à ce qu'il soit un jour touché au dos.

"J'ai reçu des éclats d'obus dans mon poumon gauche. Les jours de pluie, ça me fait mal. Donc les blessures de cette guerre, j'y pense très souvent", explique M. Yan, 86 ans.

"La guerre est extrêmement cruelle. Pas juste pour moi, mais pour tout le monde. Ce sont les gens ordinaires, les femmes et les enfants, qui souffrent le plus du chaos."

- Du bonheur aussi -

Le sommet de vendredi, qui se déroulera dans le village frontalier de Panmunjom, doit ouvrir la voie à une rencontre historique entre Kim Jong Un et le président américain Donald Trump.

"Si Nord-Coréens et Américains sont capables de signer un accord de paix, ce sera bien pour le nord-est de l'Asie, et même pour le monde entier", estime Yan Huaijian.

Comme la plupart des vétérans, il estime que la guerre était une juste bataille contre "l'agression américaine" et dit avoir une bonne opinion de Kim Jong Un. Mais l'ancien combattant pense que Pyongyang doit abandonner son arsenal nucléaire s'il veut assurer une paix durable.

La guerre de Corée n'a cependant pas été un total gâchis pour ces ex-soldats.

Yu Jihua a rencontré à cette occasion sa femme Dai Fanli, alors secrétaire dans un centre de commandement d'artillerie. Depuis des décennies, le couple milite pour conserver la mémoire des vétérans, dont le nombre diminue rapidement au fil des ans.

"La guerre a été une véritable souffrance", souligne le retraité. "Mais elle m'a aussi apporté le bonheur".

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