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En Irak, des étudiants et des députés rejoignent la contestation

Ecoliers et étudiants ont rejoint dimanche les manifestations en Irak, augmentant la pression sur le gouvernement qui fait face depuis près d'un mois à un mouvement de contestation inédit au cours duquel plus de 200 personnes sont mortes.

Bagdad et le Sud chiite sont depuis jeudi en proie à un second épisode d'une contestation antigouvernementale inédite car spontanée.

Depuis samedi soir, le gouvernement est aussi engagé dans un bras de fer avec le principal bloc au Parlement qui a entamé un sit-in pour réclamer sa démission.

Des manifestations ont eu lieu dans le calme à Najaf, Hilla, Kerbala et Diwaniya dans le Sud et la place Tahrir de Bagdad, épicentre de la contestation, avait des allures de campement organisé pour durer, alors qu'étudiants et écoliers se mêlaient dimanche à la foule.

"On veut la chute du régime ! Qu'on les arrache tous par la racine !", a lancé un manifestant à l'AFP, non loin de stands de distribution de nourriture ou de protections de fortune contre les grenades de gaz lacrymogène régulièrement tirées par les forces de sécurité.

Depuis jeudi soir, 74 personnes sont mortes dans la dispersion de rassemblements ou des attaques nocturnes contre des QG de partis et de groupes armés, selon la Commission gouvernementale des droits de l'Homme.

Du 1er au 6 octobre, 157 personnes ont été tuées, quasiment toutes des manifestants abattus par balles, selon un bilan officiel.

Lors de ce premier épisode de contestation Internet a été totalement coupé par les autorités et des tireurs postés sur des toits ont semé la terreur dans la capitale et le Sud.

- Climat différent -

Les manifestations ont repris jeudi soir. Si les slogans restent les mêmes, le climat est différent.

Aucun tir à balles réelles provenant des forces de sécurité n'a été rapporté. Les manifestants assurent mener un mouvement "pacifique" renforcé par l'entrée en scène des écoles et des universités.

L'armée a répliqué dans un communiqué que de "sévères sanctions" seraient prises à l'encontre de ceux qui "entravent" la poursuite des cours dans les établissements scolaires.

La nuit toutefois, les violences prennent un autre tour dans des villes du Sud tribal. Des dizaines de sièges de partis, de bureaux de députés et surtout des QG des factions armées du puissant Hachd al-Chaabi, coalition de paramilitaires dominée par les milices chiites pro-Iran et alliée du gouvernement, ont été incendiés et saccagés.

Des protestataires ont été tués par balles ou asphyxiés dans ces feux. Des chefs de milice ont promis de se "venger".

L'ONU a accusé "des entités armées" de chercher "à compromettre la stabilité de l'Irak" et de "saboter les manifestations pacifiques".

A Bassora, ville côtière et pétrolière, un couvre-feu a été déclaré, la police annonçant mener des arrestations de "saboteurs" infiltrés parmi les manifestants.

Des blindés des unités d'élite du contre-terrorisme étaient visibles dans plusieurs quartiers dont le centre de Bagdad dimanche mais pas aux abords directs de Tahrir.

- Parlement éclaté -

Alors que la pression de la rue ne faiblit pas, le bras de fer politique s'est durci samedi soir.

Les députés du turbulent leader chiite Moqtada Sadr, qui réclame la démission du gouvernement qu'il a aidé à former il y a un an, ont entamé un sit-in au Parlement.

Ils ont annoncé rejoindre l'opposition, faisant voler en éclat la majorité parlementaire du Premier ministre Adel Abdel Mahdi, un indépendant sans base partisane ou populaire.

D'un côté se trouve désormais la liste d'anciens combattants du Hachd, qui s'est de nouveau dit "prêt" à intervenir pour empêcher "une discorde qui pourrait détruire le pays". Et de l'autre, Moqtada Sadr, qui a lancé un appel au Hachd à "ne pas réprimer le peuple" pour "faire gagner les corrompus".

Les deux communistes de l'Assemblée et deux élus de la liste de l'ex-Premier ministre Haider al-Abadi désormais dans l'opposition ont démissionné en signe de protestation.

Sur la place Tahrir, jonchée de déchets et de grenades lacrymogènes vides, des milliers d'Irakiens dénoncent le fait que dans un des pays les plus riches en pétrole du monde, un habitant sur cinq vit sous le seuil de pauvreté.

"Notre génération a été détruite psychologiquement mais on est prêts à ça si ça peut rendre meilleure la vie de nos enfants", affirme une manifestante.

Dans un pays où 60% de la population a moins de 25 ans, un jeune sur quatre est au chômage. Pour cette génération, qui n'a souvent connu que les gouvernements successifs après la chute du dictateur Saddam Hussein en 2003, le système est à bout de souffle.

La rue réclame une nouvelle Constitution et un renouvellement total d'une classe politique inchangée en 16 ans, durant lesquels, officiellement, 410 milliards d'euros ont été engloutis par la corruption.

Dimanche, le président Barham Saleh a annoncé avoir discuté avec la mission de l'ONU en Irak des moyens de réviser la Constitution.

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