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En politique étrangère, les instincts contrariés de Donald Trump

Syrie

A seulement treize mois de l'élection présidentielle aux Etats-Unis, les "guerres sans fin" continuent.

Donald Trump avait pourtant promis d'y mettre un terme, en Syrie comme en Afghanistan. Mais le président-candidat, toujours en quête d'un grand succès diplomatique à épingler à son bilan au moment de briguer un second mandat, voit ses choix de politique étrangère contrariés.

Et les revers s'enchaîner.

- Syrie: le retrait maintes fois annoncé -

Par deux fois, en décembre 2018 puis cette semaine, l'ex-homme d'affaires installé à la Maison Blanche a tenté de battre le rappel des troupes américaines en Syrie.

Par deux fois, c'était après une conversation avec son homologue turc Recep Tayyip Erdogan, qui veut avoir le champ libre pour attaquer les forces kurdes pourtant alliées de Washington dans la lutte antijihadiste.

Par deux fois, il a pris tout le monde de court -- conseillers, ministres, alliés.

Et par deux fois, il a dû rétropédaler après une levée de boucliers interne et internationale face au sort des Kurdes, au risque de résurgence jihadiste et à la menace d'une mainmise iranienne sur la Syrie.

Sa stratégie syrienne "dépend plus de facteurs de politique intérieure" à analyser à l'aune de la campagne électorale, estime un diplomate occidental, qui s'interroge sur un "lien" entre le retrait avorté des troupes d'Afghanistan et cet énième soubresaut.

- Afghanistan: retour à la case départ? -

La diplomatie du milliardaire républicain, qui se veut guidée par ses "instincts", a pourtant érigé en doctrine la promesse de "mettre fin aux guerres sans fin". Et avant tout au plus long conflit américain, en Afghanistan.

Là, l'objectif est consensuel à Washington, et l'administration Trump a choisi une voie diplomatique plus traditionnelle, bien qu'audacieuse: des négociations inédites avec les talibans.

Ces pourparlers étaient à deux doigts d'aboutir à un accord qui aurait permis d'engager le retrait juste à temps pour permettre à Donald Trump d'en vanter les mérites lors du scrutin de novembre 2020.

Mais pour des raisons encore confuses, le président américain a lui-même sabordé les négociations début septembre.

- Iran: personne au bout du fil -

Donald Trump ne dissimule pas son désir de parler avec d'autres ennemis de l'Amérique: les dirigeants iraniens.

Après avoir imposé des sanctions draconiennes à Téhéran, il espérait convaincre la République islamique de négocier un "nouvel accord" plus ambitieux que celui de 2015 sur le nucléaire dont il a claqué la porte.

La France, qui joue les médiateurs, a tenté jusqu'au bout de favoriser un tel contact lors de l'Assemblée générale de l'ONU, fin septembre -- allant jusqu'à faire installer une ligne sécurisée entre les hôtels new-yorkais de Donald Trump et Hassan Rohani.

Las, lorsque le président américain appelle, son homologue iranien n'est pas au bout du fil. Téhéran réclame toujours une levée préalable des sanctions.

- Corée du Nord: l'impasse -

Le locataire de la Maison Blanche aime les poignées de mains "historiques". Il n'a donc pas hésité lorsqu'il a reçu la proposition de rencontrer le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un, avec lequel il échangeait jusque-là menaces et invectives.

Depuis leur premier sommet, en juin 2018, les deux hommes affichent leur "amitié" et s'écrivent des lettres "magnifiques".

Malgré cette "alchimie", les négociations sur la dénucléarisation de la Corée du Nord n'ont pas avancé d'un pouce. Et Pyongyang a recommencé à tirer des missiles, autant de "provocations" dénoncées par les responsables américains.

Mais Donald Trump semble prêt à fermer les yeux pour s'accrocher à ce qu'il considère être son grand oeuvre diplomatique.

A tel point que, lorsque les Nord-Coréens ont accusé Washington d'avoir fait échouer une éphémère reprise des tractations samedi en Suède, les Américains ont semblé frôler le déni, saluant de "bonnes discussions" et donnant rendez-vous quinze jours plus tard malgré le refus de Pyongyang.

- Chine: l'accord introuvable -

Autoproclamé négociateur hors pair, le président septuagénaire voit ses talents mis à rude épreuve avec la Chine.

Malgré sa guerre commerciale à coups de taxes douanières, c'est l'enlisement.

De longs mois de discussions n'ont pas permis de conclure d'accord de libre-échange, et Donald Trump n'exclut plus de ne pas y parvenir avant la présidentielle de 2020. A ce stade, le seul résultat est une menace bien réelle sur la croissance mondiale.

- Russie: l'impossible rapprochement -

Autre grande promesse du candidat Trump en 2016, le rapprochement avec la Russie de Vladimir Poutine n'a jamais pu se concrétiser, butant sur les accusations d'ingérence russe dans son élection et sur l'hostilité résolue à Moscou des grandes figures républicaines.

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