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En quête de gloire, un champion de kung fu yéménite se noie en Méditerranée

En quête de gloire, un champion de kung fu yéménite se noie en Méditerranée
Cercueil du champion de kung fu yéménite Hilal al-Haj, noyé en Méditerranée, le 26 septembre 2019 à l'aéroport d'Aden, dans le sud du YémenSaleh Al-OBEIDI

Le champion yéménite de kung fu Hilal al-Haj avait la ferme ambition de se faire un nom en Europe, mais son rêve s'est brisé en Méditerranée lorsqu'il a été emporté par les vagues en tentant d'atteindre les côtes espagnoles.

Champion du Yémen en 2011 et ayant remporté des médailles lors de tournois arabes et asiatiques, le jeune homme, qui devait se marier prochainement, doit être enterré vendredi à Sanaa, la capitale de son pays en guerre.

"Il aimait la vie, il détestait la guerre", raconte à l'AFP par téléphone son frère aîné Saïd al-Haj, étudiant en Algérie, qui explique que le sportif professionnel a tenté le 16 septembre de rejoindre par la mer depuis le Maroc l'enclave espagnole de Melilla.

"Il cherchait un pays qui puisse reconnaître son talent et sa valeur en tant qu'être humain et athlète", dit-il.

- "Mépris" -

Hilal "rêvait de participer à des compétitions internationales et devenir un grand champion", poursuit Saïd.

Originaire de Sanaa et féru d'arts martiaux, Hilal avait publié de nombreuses photos sur Instagram où on voyait ce jeune homme à la silhouette athlétique et la barbe taillée brandir fièrement le drapeau national.

A son retour d'Azerbaïdjan, où il avait remporté une médaille de bronze aux Jeux de la solidarité islamique de 2017, il s'attendait à être décoré par les rebelles Houthis, maîtres de la capitale. Mais l'accueil n'a pas été à la hauteur de ses espérances.

"On lui a dit que personne ne lui avait demandé de brandir le drapeau là-bas", relate son frère qui dénonce un "mépris" et une "injustice".

A Sanaa, les autorités accordent peu d'importance aux sports en général et aux arts martiaux en particulier. Selon Saïd, son frère "n'aimait pas la politique" et n'adhérait à aucune des parties en conflit au Yémen.

Contacté par l'AFP, l'ambassade du Yémen à Madrid a confirmé que "l'athlète s'est noyé près des côtes de Melilla le 16 septembre", ajoutant qu'elle avait pris en charge le rapatriement du corps.

La dépouille est passée par Amman avant d'arriver à l'aéroport d'Aden, dans le sud du Yémen, d'où elle doit être acheminée "par ambulance" à Sanaa, selon Saïd al-Haj.

L'aéroport de Sanaa est fermé depuis août 2016 en raison du blocus aérien imposé par la coalition menée par l'Arabie saoudite qui intervient au Yémen contre les rebelles.

La guerre, qui ravage le pays depuis 2015, oppose les Houthis, soutenus par l'Iran, aux forces loyales au gouvernement et ses alliés.

Après plusieurs échecs pour franchir la barrière protégeant Melilla --quelques mètres séparent l'enclave espagnole du territoire marocain, Hilal a décidé de passer par la mer.

- "Une vague trop forte" -

"La distance est courte. Des gens ont essayé avant lui et ont réussi. Pour mon frère sportif, ce devait être facile. Mais il a été emporté par une vague trop forte", raconte Saïd al-Haj.

L'ami qui accompagnait Hilal al-Haj dans son périple a réussi lui à atteindre les côtes espagnoles.

"Il était très difficile de nager, les vagues étaient hautes. Quand il a crié, je pensais que c'était par fatigue. Je ne savais pas alors qu'il était en train de se noyer", raconte à l'AFP par téléphone ce diplômé en ingénierie civile, désormais pris en charge dans un centre de réfugiés à Melilla, et qui a requis l'anonymat.

A Sanaa, les proches de Hilal al-Haj attendent la dépouille. Son père a fait le voyage depuis l'Arabie saoudite en voiture.

"Il disait toujours qu'on ne pouvait pas réaliser nos ambitions sportives en restant au Yémen. La faillite des institutions sportives, la corruption et le népotisme détruisent le sport et les talents", fustige son ami et collègue Jamal El-Sabri.

Vivant à Sanaa, cet athlète à la petite moustache brune a également les yeux rivés sur l'Europe. "Plus le temps passe, plus nos ambitions meurent sous nos yeux", confie à l'AFP le sportif qui exprime le désespoir de toute une génération dévastée par la guerre.

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