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Enregistré à son insu, Trump s'en prend à son ex-avocat

Enregistré à son insu, Trump s'en prend à son ex-avocat
Combinaison de photos réalisée le 20 juillet 2018, Michael Cohen, ex-avocat personnel de Donald Trump à gauche et le président américain à droite MARK WILSON, NICHOLAS KAMM

La rupture semble consommée entre Donald Trump et son ex-avocat personnel: le président américain a jugé samedi "peut-être illégal" un enregistrement par Michael Cohen d'une conversation entre les deux hommes.

Il s'est aussitôt attiré une réponse cinglante de l'entourage de son ancien homme de main.

Ces tensions entre Michael Cohen et Donald Trump interviennent alors que l'avocat, au centre d'une vaste enquête fédérale, a récemment fait savoir que sa loyauté avait des limites. L'époque où il se disait prêt à "prendre une balle" pour protéger le président des Etats-Unis semble révolue.

L'existence de l'enregistrement au coeur de la nouvelle polémique, qui remonte à deux mois avant la présidentielle de novembre 2016 et a été saisi par les enquêteurs du FBI dans les bureaux de l'avocat, a été révélée vendredi par le New York Times. Donald Trump et Michael Cohen y évoquent la possibilité d'acheter le silence d'une ex-playmate avec laquelle le président aurait eu une liaison.

Au lendemain de cette révélation, Donald Trump s'en est pris samedi sur Twitter à son ancien conseil. Il est "inconcevable qu'un avocat enregistre un client - totalement inédit et peut-être illégal", a-t-il dénoncé.

Et dans un nouveau tweet en soirée, il est revenu sur l'affaire, arguant que l'enquête "semble destinée à nuire aux chances du Parti républicain aux élections de novembre", ajoutant: "Pas de collusion, pas d'obstruction - mais cela n'a pas d'importance".

Malgré cela, l'équipe du président a renoncé au principe de confidentialité des échanges entre le client et son conseil dans ce dossier, selon la chaîne CNN, qui cite des sources anonymes. Autrement dit, elle ne s'opposera pas à l'utilisation de l'enregistrement par les enquêteurs.

La stratégie de Donald Trump est donc claire: le magnat de l'immobilier veut montrer qu'il n'a rien à se reprocher.

"La bonne nouvelle c'est que votre Président préféré n'a rien fait de mal!", s'est ainsi exclamé le milliardaire républicain pour conclure son tweet.

La veille, l'un de ses avocats, Rudy Giuliani, avait confirmé l'existence de cet enregistrement, estimant qu'il exonérait Donald Trump davantage qu'il ne le compromettait.

"Rudy estime que l'enregistrement +disculpe+" le président, "pourquoi tant de colère?", a répondu samedi l'avocat de Michael Cohen, Lanny Davis, sur Twitter, étrillant la stratégie du camp présidentiel et qualifiant de "fausse" l'accusation d'illégalité de l'enregistrement.

La discussion Trump-Cohen immortalisée sur cette bande audio portait sur l'ex-playmate du magazine Playboy Karen McDougal, qui affirme avoir eu une relation "romantique de dix mois en 2006 et 2007" avec celui qui n'était pas encore entré en politique.

- "Violations du financement de campagne" -

Selon le New York Times, Michael Cohen aurait été consulté par le patron de presse David Pecker au sujet du témoignage de Karen McDougal. Le National Enquirer, titre phare du groupe de David Pecker, avait en effet accepté d'acheter l'exclusivité de cette confession pour 150.000 dollars.

Selon plusieurs médias, lors de la conversation enregistrée, Michael Cohen informe Donald Trump du paiement effectué par le groupe de presse et les deux hommes évoquent la possibilité de racheter eux-mêmes ces droits. Donald Trump semble ouvert à l'idée et interroge même son avocat quant au mode de paiement. L'enregistrement s'interrompt avant la fin de la conversation.

La transaction n'a finalement jamais eu lieu. Le magazine The New Yorker a affirmé, sur la base de témoignages anonymes, que M. Pecker et le National Enquirer avaient choisi de ne pas publier le témoignage de Karen McDougal pour préserver Donald Trump, ami de David Pecker, ce que démentent les intéressés.

Sur la foi des éléments connus de la conversation révélée vendredi, il semble que l'enregistrement ne présente pas, en soi, de risque juridique pour Donald Trump, dans la mesure où le paiement n'a jamais été effectué.

Mais Michael Avenatti, l'avocat de l'actrice pornographique Stormy Daniels engagée dans une bataille judiciaire avec le président, a estimé sur la chaîne MSNBC qu'il "pourrait constituer une preuve de violations du financement de campagne" si le candidat Trump savait que Michael Cohen ou d'autres allaient procéder à des paiements en son nom "pour influencer l'élection de 2016".

Michael Cohen est actuellement l'objet d'une vaste enquête du FBI, qui pourrait déboucher sur des poursuites. Il a notamment reconnu publiquement avoir versé 130.000 dollars à Stormy Daniels en novembre 2016 pour acheter son silence sur un rapport sexuel qu'elle aurait eu avec le futur président en 2006.

Michael Avenatti a aussi assuré que plusieurs autres discussions Trump-Cohen avaient été enregistrées, demandant que les bandes audio soient toutes rendues publiques.

Contrairement à ce que suggère le président américain quant à leur légalité, la loi semble aller dans le sens de Michael Cohen. Il est légal, dans l'Etat de New York, pour un individu d'enregistrer une discussion, "tant qu'une partie à la conversation consent à l'enregistrement", rapporte John B. Harris, qui écrit pour la publication spécialisée New York Legal Ethics Reporter.

"Savoir si et quand un avocat new-yorkais peut, éthiquement, enregistrer sans prévenir en amont" son client "reste obscur", poursuit cependant ce juriste.

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