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Entrée en vigueur de l'accord commercial nord-américain sous haute tension

Entrée en vigueur de l'accord commercial nord-américain sous haute tension
La vice-présidente du Canada Chrystia Freeland, le représentant américain au commerce, Robert Lighthizer, et le négociateur commercial en chef du Mexique pour l'Amérique du Nord, Jesus Seade, signentRODRIGO ARANGUA

C'était une promesse électorale de Donald Trump, le nouvel accord de libre-échange liant les Etats-Unis, le Canada et le Mexique est entré en vigueur mercredi au moment où les frontières entre les trois pays sont partiellement fermées pour cause de pandémie de Covid-19.

"L'AEUMC est l'accord commercial le plus important, le plus équitable et le plus équilibré jamais négocié", s'est félicité le président républicain, estimant qu'il soutiendra l'économie et les emplois américains.

Selon lui, c'est aussi une "énorme victoire" pour les industriels et les travailleurs du secteur automobile et une "percée historique pour l'agriculture américaine".

L'AEUMC, obtenu après un bras de fer diplomatique et ratifié après de nombreux amendements, remplace l'Aléna (accord de libre-échange nord américain) qui datait de 1994 et qui était unanimement jugé obsolète.

La renégociation de l'Aléna, qualifié par Donald Trump de pire accord de l'histoire américaine, avait commencé quelques mois après son arrivée à la Maison Blanche.

"Aujourd'hui marque le début d'un nouveau et bien meilleur chapitre du commerce entre les États-Unis, le Mexique et le Canada", avait commenté plus tôt le représentant au Commerce, Robert Lighthizer, le négociateur en chef.

Si c'est un succès politique qui a obtenu un consensus entre les deux partis aux Etats-Unis, l'accord est loin d'éliminer tous les sujets de friction entre les trois partenaires dont les économies sont devenues interdépendantes.

"Cela ressemble davantage à une trêve temporaire avec l'administration Trump qu'à un retour de la stabilité du commerce nord-américain", résume Edward Alden, expert en commerce international au Council on Foreign relations.

Et les tensions commerciales peuvent reprendre à tout moment avec un président américain reparti en campagne pour sa réélection en novembre.

Le 17 juin, Robert Lighthizer avait prévenu, devant le Congrès, que l'administration Trump était disposée à prendre des mesures aussi "souvent" que nécessaire pour contester les éventuelles violations du nouvel accord.

Ses équipes vont surveiller de près la question du commerce des produits laitiers, litige de longue date entre agriculteurs américains et canadiens.

Sur ce point, Donald Trump a estimé que "le Canada offrira un meilleur accès aux produits laitiers, à la volaille et aux oeufs américains et, enfin, accordera un traitement équitable au blé cultivé aux Etats-Unis".

Pour le Mexique, M. Lighthizer avait pris acte des différends existants, mentionnant le refus de Mexico d'approuver les nouvelles importations de produits OGM américains ces deux dernières années.

- Aluminium canadien -

Pour l'heure, les trois pays peuvent se réjouir du maintien du principe d'une vaste zone de libre-échange sans droit de douane.

Regroupant quelque 500 millions d'habitants, le traité est crucial pour les trois économies aujourd'hui durement frappées par la pandémie de Covid-19.

En 2019, le commerce entre elles avait représenté quelque 1.200 milliards de dollars. Et le produit intérieur brut de leurs économies combinées représente quelque 27% du PIB mondial.

"Avec le nouvel Aléna, on a su protéger nos industries culturelles dans l'ère numérique et pour l'avenir, on a pu assurer une meilleure protection pour notre industrie automobile", a déclaré lundi le Premier ministre canadien, Justin Trudeau.

Il s'est en outre réjoui du fait que son gouvernement ait "su protéger l'accès privilégié que des milliers et des milliers d'entreprises canadiennes et des millions de Canadiens ont au marché américain à un moment de protectionnisme et d'incertitude sur le commerce mondial".

Mais il a aussi évoqué les rumeurs selon lesquelles Donald Trump pourrait réimposer des droits de douane sur l'aluminium canadien, avant de faire valoir que les Etats-Unis n'avaient pas de capacités de production suffisantes et avaient donc besoin de l'aluminium canadien pour leurs industries automobile et de haute technologie.

En juin 2018, en pleine renégociation de l'Aléna, Donald Trump n'avait pourtant pas hésité à instaurer des droits de douane punitifs sur l'aluminium canadien, provoquant la stupéfaction de son allié historique.

Signe des tensions potentielles, Robert Lighthizer a estimé mercredi que "maintenant, plus que jamais, les États-Unis doivent arrêter la sous-traitance des emplois et augmenter leur capacité de production et leurs investissements ici chez nous".

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