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Espagne: fort recul du chômage grâce au tourisme, l'emploi précaire persiste

Espagne: fort recul du chômage grâce au tourisme, l'emploi précaire persiste
Le chômage en Espagne a nettement reculé au deuxième trimestre, aidé par le tourisme, grand pourvoyeur de contrats saisonniersPAU BARRENA

Le chômage en Espagne a nettement reculé au deuxième trimestre, aidé par le tourisme, grand pourvoyeur de contrats saisonniers, alors que le nouveau gouvernement socialiste a promis un "plan de choc" contre l'emploi précaire.

Entre avril et juin, le taux de chômage a reculé à 15,3%, contre 16,7% au trimestre précédent, selon les données officielles publiées jeudi.

Le nombre de chômeurs atteint 3,49 millions de personnes, soit 300.000 de moins que fin mars dans la quatrième économie de la zone euro.

Mais l'Espagne, qui vient d'enchaîner trois années d'une croissance de son PIB supérieure à 3%, reste en matière de chômage le plus mauvais élève de l'Union européenne, après la Grèce.

Le bon résultat du deuxième trimestre correspond au début de la haute saison dans le tourisme, un des principaux moteurs de création d'emploi ces dernières années dans le pays, devenu en 2017 la deuxième destination touristique mondiale après la France.

Les régions qui profitent le plus de l'amélioration de l'emploi sont d'ailleurs les plus prisées des visiteurs: îles Baléares, Andalousie et Catalogne.

Mais le secteur touristique est aussi grand pourvoyeur d'emplois précaires et l'Espagne détient le record d'Europe de la proportion de salariés en contrats temporaires, malgré le dynamisme de sa croissance économique (+2,7% prévus en 2017).

- 1 contrat sur 3 est temporaire -

Le syndicat UGT, un des principaux du pays, a d'ailleurs immédiatement nuancé les bons chiffres du deuxième trimestre.

"Malgré ces données, les chiffres montrent aussi que la phase d'expansion économique que vit l'Espagne a été nourrie par un emploi de faible qualité", dénonce-t-il dans un communiqué.

Près de 27% des salariés espagnols sont ainsi employés en contrat temporaire, un chiffre en hausse par rapport au premier trimestre.

Et ceux du tourisme sont soumis aux éventuelles fluctuations de la conjoncture: les professionnels du secteur estiment que l'activité pourrait souffrir prochainement du retour en grâce de destinations comme l'Egypte et la Turquie, de l'impact de la hausse des prix du pétrole sur les prix des billets d'avion ou des effets des grèves aériennes prévues cet été.

L'UGT appelle d'ailleurs le gouvernement à redynamiser l'industrie, estimant que la réduction du chômage ne peut se baser "uniquement sur les services".

Le chef du nouveau gouvernement socialiste, Pedro Sanchez, au pouvoir depuis début juin après avoir renversé son prédécesseur conservateur, Mariano Rajoy, a promis un "changement de direction dans les politiques de l'emploi élaborées depuis la réforme du travail de 2012".

Cette réforme phare des conservateurs est vue par ses promoteurs comme l'élément ayant permis la forte décrue du chômage en Espagne depuis début 2013, où il avait frôlé les 27%. Mais ses détracteurs estiment qu'elle a grandement précarisé l'emploi.

"Nous mettrons en marche dès cet été des plans de choc contre les fraudes sur les contrats temporaires injustifiés et sur l'emploi à temps partiel abusif", a-t-il promis lors de son discours de politique générale mi-juillet, mais les mesures concrètes n'ont pas encore été annoncées.

M. Sanchez a aussi promis des mesures contre le chômage juvénile, très élevé (près de 35% des moins de 25 ans), notamment pour éviter le recours aux stages abusifs.

Pour améliorer l'emploi des jeunes, le Cercle des entrepreneurs, lobby regroupant les grandes entreprises espagnoles cotées en Bourse, a récemment plaidé pour une amélioration de la formation professionnelle, estimant que "l'abandon scolaire précoce, une orientation professionnelle inefficace et la déconnexion entre le système éducatif et le tissu entrepreneurial" étaient au coeur du problème.

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