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Espagne: sans alliés, Sanchez repart en campagne sur fond d'exaspération

Incapable de former un gouvernement pendant cinq mois, le Premier ministre sortant Pedro Sanchez est reparti en campagne mercredi en demandant aux Espagnols une majorité nette lors du prochain scrutin de novembre mais l'exaspération montait dans le pays face à l'instabilité chronique.

Vainqueur des élections du 28 avril mais sans majorité absolue, le socialiste a dû reconnaître mardi soir qu'il était incapable de rassembler les voix nécessaires pour obtenir la confiance de la chambre.

Aucun autre parti n'étant en mesure de le faire, le parlement sera dissous automatiquement lundi et de nouvelles élections convoquées pour le 10 novembre, les quatrièmes en quatre ans.

Dans une intervention aux accents de campagne électorale, Pedro Sanchez a accusé les conservateurs du Parti populaire, les libéraux de Ciudadanos et la gauche radicale de Podemos de l'avoir empêché d'exercer le mandat que lui avaient confié les électeurs.

"J'espère que les Espagnols donneront une majorité plus large au Parti socialiste pour que vous ne soyez plus en mesure de bloquer la formation d'un gouvernement dont l'Espagne a besoin", a-t-il lancé à ses adversaires à la chambre des députés.

Un gouvernement stable est nécessaire pour affronter le ralentissement de l'économie, le Brexit et la question de l'indépendantisme catalan dont les leaders attendent dans les prochaines semaines la sentence de la Cour suprême pour leur rôle dans la tentative de sécession de 2017, a-t-il souligné.

- Electeurs exaspérés -

Plongés dans l'instabilité politique chronique depuis la fin du bipartisme en 2015, les électeurs espagnols affichaient leur ras-le bol dans les rues de Madrid.

"Je suis lasse, je ne sais pas si j'irai voter" le 10 novembre. "C'est comme si le vote du peuple n'avait aucune valeur", a lancé Ana Ortega, étudiante en art de 20 ans.

"Dans toute l'histoire de l'humanité, nous sommes le premier pays au monde à tenir quatre élections en quatre ans", a souligné Narciso Michavila, président de l’institut de sondages GAD3.

En tête dans les sondages, Sanchez espère sortir renforcé de ce nouveau scrutin pour pouvoir imposer ses vues à ses potentiels futurs partenaires.

Mais "le pari de Sanchez est très risqué. La grande inconnue du scrutin sera la participation parce que les gens en ont marre et vont être difficiles à mobiliser", a estimé la politologue Cristina Monge, de l'université de Saragosse.

- Patronat et syndicats indignés -

Patronat et syndicat ont aussi manifesté leur indignation devant le blocage politique.

"L'échec collectif des politiques nuit aux investissements, à l'emploi et aux exportations", a déclaré le président de la confédération patronale CEOE Antonio Garamendi dans une interview à la radio.

Unai Sordo, secrétaire général du syndicat Commissions Ouvrières, a dénoncé "l'irresponsabilité" des politiques. Quant au chef du syndicat UGT, Pepe Alvarez, il a regretté que la gauche ait "perdu une occasion en or" mais estimé que le pire qui puisse arriver au pays serait une baisse de la participation, qui nuit traditionnellement à la gauche.

Pedro Sanchez a tenté sans succès en juillet de former un gouvernement de coalition avec Podemos mais la gauche radicale a jugé les portefeuilles proposés insuffisants. Il lui a ensuite proposé un simple programme commun mais Podemos a insisté pour entrer au gouvernement, ce dont les socialistes n'ont plus voulu entendre parler.

Pedro Sanchez a donc rejeté la responsabilité de son échec sur Podemos mais aussi sur la droite à laquelle il demandait de s'abstenir lors d'un vote de confiance pour le laisser gouverner en minorité.

Le chef du Parti Populaire, Pablo Casado, l'a accusé d'avoir "trompé les Espagnols pendant cinq mois" et de ne pas avoir tout fait pour former une alliance lui permettant d'être reconduit au pouvoir. "Vous vouliez retourner aux urnes depuis le début", a-t-il lancé.

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