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Espion présumé: le Canada tente de rassurer ses alliés

Espion présumé: le Canada tente de rassurer ses alliés
Le Premier ministre canadien Justin Trudeau à Biarritz en France pour le G7 le 26 août 2019ludovic MARIN
Russie

Le Premier ministre Justin Trudeau a voulu rassurer mardi les alliés du Canada après l'arrestation d'un espion présumé qui disposait de documents potentiellement "dévastateurs" pour la sécurité de ce pays et de ses partenaires, selon les dernières révélations de cette affaire digne d'un roman policier.

Cameron Ortis, directeur général du Centre national de coordination du renseignement de la Gendarmerie royale du Canada (GRC, police fédérale), a été arrêté jeudi dernier et accusé formellement le lendemain en vertu de la loi sur la protection de l'information liée à la sécurité nationale, notamment contre l'espionnage étranger.

Il est soupçonné d'avoir volé quantité de documents sensibles dont la divulgation pourrait causer des dommages "dévastateurs" au Canada et à ses alliés, selon un rapport des services secrets canadiens consulté par la chaîne publique CBC News.

C'est une enquête de la police fédérale américaine (FBI), à laquelle la GRC collaborait en 2018, qui a mis au jour "une possible corruption" au sein de la police fédérale canadienne et mené à l'arrestation de la "taupe" présumée, a précisé mardi la cheffe de la Gendarmerie royale du Canada, Brenda Lucki, lors d'une conférence de presse.

Membre de l'Otan, le Canada fait partie de la puissante alliance de renseignement dite des "Five Eyes", avec l'Australie, la Nouvelle-Zélande, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis. Il dispose à ce titre d'un accès libre à des informations parmi les plus sensibles de la planète.

"Nous sommes en communication directe avec nos alliés sur ces enjeux de sécurité, pas seulement avec nos alliés des Five Eyes", a indiqué Justin Trudeau, lors d'un déplacement de campagne à Terre-Neuve (Est).

"Nous travaillons avec eux pour les rassurer, mais je peux vous assurer que tous comprennent que nous traitons cette situation avec beaucoup de sérieux", a ajouté le chef libéral qui briguera un deuxième mandat lors des élections législatives du 21 octobre.

"Je peux comprendre que nos alliés des +Five +Eyes+ soient inquiets", a indiqué de son côté Brenda Lucki. "Ensemble, nous évaluons les répercussions possibles sur les opérations", a-t-elle cependant précisé en soulignant que des mesures étaient mises en place avec les autres agences pour tenter de "limiter les dégâts".

Agé de 47 ans et employé de la police fédérale depuis 2007, Cameron Ortis avait notamment travaillé sur une affaire de blanchiment présumé de millions de dollars au Canada, orchestrée par des responsables russes et qui avait été dénoncée par Sergueï Magnitski, un juriste russe mort en prison en 2009.

- Crime organisé -

L'ancien haut responsable était endetté, selon la CBC.

La commissaire de la GRC a souligné que rien, à ce stade de l'enquête, n'indiquait qu'il ait pu compter sur un complice.

Elle a par ailleurs mis en garde contre "les informations qui circulent dans le public" et qui ne sont, selon elle, que "des conjectures" pouvant nuire à l'enquête.

L'espion présumé a été confondu après avoir voulu vendre des informations sensibles au crime organisé, affirment mardi cette chaîne publique et le quotidien Globe and Mail.

Le FBI a en effet découvert une telle proposition dans un courriel retrouvé sur l'ordinateur de Vincent Ramos, chef d'entreprise canadien arrêté en 2018, puis inculpé et condamné à neuf ans de prison aux Etats-Unis, selon ces médias.

La société de M. Ramos, Phantom Secure Communications, établie à Vancouver, vendait des téléphones ultra-sécurisés, avec un système de courriels cryptés, aux "plus hauts trafiquants de drogue et autres dirigeants d'organisations criminelles" partout dans le monde, selon le FBI.

Les liens de Cameron Ortis avec le crime organisé ont de quoi inquiéter car il est soupçonné d'avoir transmis, ou voulu transmettre, des documents sensibles à des États étrangers, des groupes criminels, ou des organisations terroristes.

Un partage de ces documents aurait fait peser un risque "ÉLEVÉ" sur la sécurité du Canada et de ses alliés, ont écrit les services secrets dans le rapport consulté par CBC.

"L'analyse des contenus des rapports" que M. Ortis est accusé d'avoir voulu transmettre à un tiers "aurait pu raisonnablement permettre à une agence de renseignement étranger de tirer des conclusions importantes sur les cibles, les techniques, les méthodes et les capacités du renseignement canadien et allié", selon ce rapport.

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