Etats-Unis: Acte 3 pour la "Marche des femmes", minée par les divisions

Etats-Unis: Acte 3 pour la
Des manifestantes de la "Marche des femmes" devant le Lincoln Memorial à Washington, le 20 janvier 2018 Alex Wroblewski

La "Marche des femmes", à l'origine de manifestations monstres contre Donald Trump en janvier 2017, devrait rassembler plusieurs dizaines de milliers de personnes pour sa troisième édition samedi aux Etats-Unis, mais l'organisation est minée par des accusations d'antisémitisme.

La grande manifestation de Washington doit débuter à 10H00 locales (15H00 GMT), alors que d'autres rassemblements sont prévus dans le pays, deux ans après l'investiture du président américain.

L'année dernière, les défilés avaient réuni plus de 500.000 personnes, portés par les mouvements #MeToo et Time's Up contre le harcèlement et les violences sexuelles.

Pour marquer ces "deux ans de résistance à la présidence Trump", les organisatrices ont appelé à une "vague" de manifestantes, alors qu'un nombre record de femmes (131) ont été élues au Congrès lors des élections parlementaires de novembre 2018.

Les manifestantes au "bonnet rose", l’emblème du mouvement, ont aussi été galvanisées par le combat contre la nomination en septembre à la Cour suprême du juge conservateur Brett Kavanaugh, accusé d'abus sexuels dans sa jeunesse. Elles ont également lutté contre la politique de séparation des familles d'immigrants illégaux arrêtés à la frontière avec le Mexique.

Le mouvement dénonce par ailleurs les déclarations jugées sexistes ou racistes du milliardaire républicain, lui-même accusé par plusieurs femmes de comportement inapproprié.

Mais depuis quelques mois, la direction de la "Marche" est agitée par une polémique. Certaines responsables sont accusées d'antisémitisme, sur fond de résurgence des actes criminels contre la communauté juive, qui ont culminé avec l'assassinat de onze fidèles dans une synagogue de Pittsburgh fin octobre.

En cause, la participation de Tamika Mallory, l'une des co-présidentes, à un meeting du leader du mouvement "Nation of Islam", Louis Farrakhan, aux propos régulièrement antisémites. Mme Mallory s'en est également pris sur les réseaux sociaux à l'Anti-Defamation League, une des grandes organisations américaines de lutte contre l'antisémitisme.

- Deux cortèges -

La controverse a rebondi en décembre quand le site d'informations juives Tablet a affirmé que Tamika Mallory et Carmen Perez, militantes respectivement noire et hispanique, auraient dit à une autre organisatrice, Vanessa Wruble, blanche et d'origine juive, que les Juifs avaient une responsabilité particulière dans l'exploitation et l'esclavage des personnes de couleur aux Etats-Unis. Ces propos auraient été tenus en novembre 2016, à la création du mouvement.

En novembre dernier, Teresa Shook, première femme à avoir émis l'idée d'une "marche", a appelé à la démission des quatre co-présidentes actuelles de la "Women's March": Tamika Mallory, Carmen Perez, la militante américano-palestinienne Linda Sarsour et Bob Bland.

Mme Sarsour a réfuté les accusations en assurant dans un communiqué que l'organisation existait "pour combattre la bigoterie et la discrimination dans toutes ses formes - dont l'homophobie et l'antisémitisme".

Auparavant, l'organisation avait rejeté a minima dans un communiqué les positions de Louis Farrakhan.

Les dissensions auraient poussé un certain nombre de femmes à rejoindre Vanessa Wruble, qui a quitté la "Women's March" pour créer une organisation parallèle, "March On".

En janvier 2018, les deux organisations se côtoyaient dans les défilés, qui avaient encore rassemblé plusieurs centaines de milliers de personnes à New York et Los Angeles.

Samedi, elles prévoient de défiler séparément et "March On" a indiqué qu'elle ne s'associerait pas au rassemblement de Washington.

Mais pour Sharon Lin, médecin qui participera à la manifestation de New York, ces divisions n'ont pas d'importance. "L'intention initiale est toujours là: faire se rassembler les masses pour dire que nous désapprouvons la direction prise par le pays", a-t-elle dit à l'AFP.

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