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Etats-Unis: la Cour suprême se penche sur la légalité d'une croix monumentale

La Cour suprême des Etats-Unis s'est penchée mercredi sur le sort d'un monument aux morts en forme de croix géante, nouvelle illustration du sujet sensible des liens entre la religion et l'Etat en Amérique.

L'objet de la discorde est la "Croix de la Paix", un monument en ciment haut de 12 mètres érigé en 1925 en mémoire de 49 soldats tués lors de la Première Guerre mondiale. Elle se dresse à Bladensburg (Maryland) sur un carré d'herbe verte, à l'intersection de trois routes très fréquentées à la sortie de Washington.

Ses détracteurs, représentés par l'Association humaniste américaine (AHA), lui reprochent de se situer sur un terrain public et d'être entretenue sur des fonds publics. Pour eux, la croix viole la Constitution qui interdit à l'Etat de favoriser une religion aux dépens d'une autre, notamment en finançant les réparations nécessaires du monument à hauteur de 100.000 dollars.

Mais la Légion américaine, l'association d'anciens combattants qui a levé les fonds pour ériger ce monument, souligne la dimension historique de cette croix vieille de 93 ans et réfute qu'elle soit aujourd'hui un symbole religieux.

En première instance, la justice avait déclaré le monument légal, mais un tribunal d'appel a cassé la décision en décembre 2016, estimant que sa forme laissait "penser à tout observateur raisonnable que ceux qui l'ont commandée placent le christianisme au-dessus des autres religions et qu'être Américain et chrétien vont de pair".

Le tribunal a ordonné de le détruire, de le modifier ou de le transférer sur un terrain privé, ce que refuse catégoriquement la Légion et les parcs nationaux du Maryland qui ont introduit un recours devant la Cour suprême.

- "Honorer tous les combattants" -

Lors de l'audience, les juges ont notamment cherché à savoir si un tel monument pourrait être érigé pour d'autres tragédies, par exemple en mémoire de victimes d'une fusillade et peu importe leur religion, ou s'il pouvait être considéré comme du prosélytisme.

"Depuis près d'un siècle, cette croix est là pour symboliser le sacrifice" des 49 soldats morts au combat et non une foi particulière car elle ne comporte aucune inscription religieuse, a affirmé Neal Katyal, représentant des parcs du Maryland.

Et "sa forme ne pose pas de problème constitutionnel", a-t-il ajouté, soulignant qu'il soutenait le principe de séparation de l'Eglise et de l'Etat.

"L'enjeu est très important", a renchéri Michael Carvin, avocat de la Légion américaine, estimant qu'il n'y avait "aucune raison rationnelle de détruire la croix, la vendre ou la transférer si ce n'est une par hostilité à l'encontre de la religion".

Au contraire, "nous sommes ici pour honorer tous les combattants, pas seulement les chrétiens qui sont représentés par cette croix", a assuré Monica Miller, avocate de l'AHA.

"Jamais dans l'Histoire on a utilisé selon moi une croix latine pour honorer des juifs, des musulmans ou des athées", a-t-elle ajouté.

"Nous ne cherchons pas a désacraliser ou démolir toutes les croix", a-t-elle souligné à la presse après sa plaidoirie, se prononçant pour le transfert du mémorial sur un terrain privé "loin de la pollution, des voitures et de la circulation" et "où elle pourra être mieux entretenue".

- Décision en juin -

Le gouvernement de Donald Trump, dont plusieurs membres affichent ouvertement leur pratique religieuse, a apporté son soutien aux partisan du mémorial.

"Le retrait ou la destruction" du monument "pourrait être perçu comme l'acte d'un gouvernement qui n'est pas neutre mais hostile aux religions", a estimé le ministère de la Justice dans un document transmis à la Cour suprême.

La décision devrait être rendue en juin. Elle aura des conséquences pour de nombreux monuments érigés aux Etats-Unis et porteurs de symboles religieux, notamment deux croix situées dans le cimetière militaire d'Arlington près de Washington.

La Cour suprême, où les juges conservateurs sont majoritaires (5 sur 9), pourrait profiter de ce dossier pour clarifier la manière dont les tribunaux doivent interpréter le premier amendement de la Constitution.

Celui-ci interdit toute loi qui aurait "pour effet l'établissement" d'une religion, mais il impose aussi à l'Etat de garantir "la liberté de religion".

La première formulation laisse la porte ouverte à de nombreuses interprétations, tandis que la seconde protège l'expression de la foi.

Les chrétiens sont majoritaires aux Etats-Unis, où l'augmentation du nombre d'athées et de croyants d'autres confessions entraîne la multiplication des contentieux. Et les tribunaux tranchent au cas par cas, quitte à rendre des décisions contradictoires.

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