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Evo Morales, l'habile politique qui pourrait trébucher face à un ex-président

Evo Morales, qui brigue dimanche un quatrième mandat à la tête de la Bolivie, a démontré pendant treize ans son habilité politique, mais il pourrait trébucher face à l'ex-président Carlos Mesa, seul candidat capable de le contraindre à un second tour.

Lorsqu'il accède au pouvoir 2006, Evo Morales est alors le premier chef d'Etat indigène du pays. A 59 ans, il est désormais le plus ancien président en exercice d'Amérique latine et un des derniers représentants de la "vague rose" qui a déferlé au tournant des années 2000 sur la région.

Depuis, la gauche a été défaite au Brésil, en Argentine, au Chili, en Equateur. Quant au Venezuela, pays avec lequel le président bolivien entretient d'étroites relations, il traverse la pire crise politique et économique de son histoire récente.

Mais "la Bolivie est différente, nous allons bien", répète Evo Morales comme un mantra, repris en choeur par ses partisans du Mouvement vers le socialisme (MAS).

Cet ancien berger de lamas, né le 26 octobre 1959 dans un village miséreux de la région d'Oruro (centre), peut effectivement se targuer de nombreux succès économiques: maintien d'une croissance économique élevée, forte réduction de la pauvreté, niveau record de réserves internationales.

Le pays a aussi multiplié les accords d'investissement internationaux pour l'exploitation du gaz naturel et surtout du lithium, dont elle espère devenir le quatrième producteur mondial d'ici 2021.

Mais ses adversaires dénoncent le caractère têtu de l'ancien leader syndical des producteurs de coca, qui l'empêche de reconnaître ses erreurs. Ses détracteurs l'accusent d'avoir instauré un gouvernement antidémocratique et d'avoir abandonné les valeurs qu'il a longtemps symbolisées, notamment la défense de l'environnement.

Réélu en 2009, Evo Morales a remporté en 2014 un troisième mandat, grâce à une interprétation contestée de la Constitution, qui ne permettait pourtant que deux mandats consécutifs. La Cour constitutionnelle avait alors estimé qu'il s'agissait de sa première réélection, la Constitution ayant été modifiée en 2009.

Il avait ensuite essuyé en 2016 un cuisant échec lors d'un référendum visant à changer de nouveau la Constitution pour lui permettre de briguer un quatrième mandat. Il avait finalement réussi à obtenir de la Cour constitutionnelle l'autorisation de se présenter pour un nouveau mandat, au motif que sa candidature relevait de son droit humain.

- Outsider -

Son principal adversaire est l'ex-président Carlos Mesa, 66 ans, qui fut brièvement à la tête du pays de 2003 à 2005.

Né le 12 août 1953 à La Paz, dans une famille d'intellectuels, il fait carrière dans le journalisme. Cet historien, également passionné de cinéma, obtient plusieurs distinctions, dont le prix international de journalisme "Roi d'Espagne" en 1994 et le prix national du journalisme en 2012.

Elu vice-président en 2002, il est alors considéré comme un "outsider" en politique, arrivé au pouvoir sans l'appui d'aucun parti.

Il devient président à la suite de la démission de Gonzalo Sanchez de Lozada, dont il était vice-président, après la dure répression des manifestations contre la hausse des prix, qui fait alors plus de 60 morts.

Carlos Mesa démissionne finalement en 2005, emporté lui aussi par la grave crise sociale qui secoue la Bolivie. De nouvelles élections sont convoquées en 2005, finalement remportées par Evo Morales.

Carlos Mesa se représente à nouveau sans l'appui d'un parti politique propre, mais soutenu par la Communauté citoyenne (CC), une plateforme de petits partis, d'organisations citoyennes et de dirigeants régionaux.

"Pourquoi je suis entré en politique ? Avec l'idée d'être au centre des choses et de travailler à les changer", a coutume de répondre le candidat.

Malgré ses divergences avec Evo Morales, il a accepté d'être le porte-parole de la Bolivie devant la Cour internationale de justice de La Haye sur le différend territorial qui oppose le pays andin au Chili.

Le 1er octobre 2018, la Cour a finalement statué que le Chili n'avait aucune obligation de négocier un accès à la mer pour la Bolivie. Quelques jours après ce revers, Carlos Mesa a annoncé sa candidature à la présidence.

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