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Excision: "Personne ne vient quand vous appelez au secours", dit Assita Kanko

Excision:
L'eurodéputée belge Assita Kanko, du parti nationaliste flamand NV-A, le 23 octobre 2019 à StrasbourgFREDERICK FLORIN

Excisée à l'âge de 5 ans, l'eurodéputée belge Assita Kanko, du parti nationaliste flamand NV-A, a proposé pour le prix Sakharov du Parlement européen, décerné jeudi, la candidature d'adolescentes kényanes qui ont développé une application pour lutter contre les mutilations génitales féminines.

Elle estime que cette application aurait "pu changer (sa) vie".

Question: Pourquoi lutter contre l'excision est-il si important?

Réponse: "Chaque minute dans le monde, il y a sept petites filles qui sont confrontées au risque d'être excisées. C'est une cause que je défends mais qui me touche aussi personnellement, parce que j'ai moi-même été excisée à l'âge de 5 ans. Ce que je tire de mon expérience personnelle, c'est que la chose la plus terrible qui vous arrive, ce n'est pas l'excision en soi, c'est que personne ne vient quand vous appelez au secours. Cela fait extrêmement mal, vous appelez, vous suppliez, mais personne ne vient.

J'ai proposé (pour le prix Sakharov, NDLR) ces cinq adolescentes kényanes qui ont développé une application qu'on peut utiliser pour demander de l'aide ou dénoncer, donc qui permet d'aider avant mais aussi après, si l'excision a déjà eu lieu.

Elles ont décidé de prendre leur destin en main, alors qu'elles auraient pu être juste des victimes, c'est un vrai message d'espoir. On dit aux femmes qui ont déjà été excisées, qui sont 200 millions dans le monde, 500.000 en Europe, +on vous a entendues+".

Q: Est-ce que cette application ("I cut") aurait changé quelque chose pour vous, si elle avait existé?

R: "Quand on vous attrape pour vous exciser, vous avez très peur. On vous attrape avec une excuse, on vous dit que vous allez jouer. Des femmes âgées m'ont saisie par les épaules et m'ont jetée par terre à côté d'autres petites filles. On m'a tenu les jambes et les bras et je n'ai plus eu mon mot à dire, je n'ai pas su ce qui m'arrivait. C'était la journée la plus terrible de ma vie (...).

Quand on m'a excisée, on m'a dit +si tu en parles, il va arriver des choses à ta mère, tu n'es pas une brave fillette+. Il y a la pression de la famille, la pression sociale, ce n'est pas facile de lutter contre une pratique ancestrale. Au Burkina Faso (son pays d'origine, NDLR), elle touche 75% des filles.

Avec cette application, il suffit de pousser sur un bouton (qui permet d'alerter la police, NDLR). Cela représente beaucoup moins de pression psychologique que de devoir dire à quelqu'un oralement +protège-moi de mes propres parents+".

Q: Au Parlement européen, vous faites partie du même groupe que le PiS polonais (parti conservateur, au pouvoir), qui porte une loi criminalisant certaines formes d'éducation sexuelle.

R: "Je ne me définis même pas comme une femme politique, je suis une femme qui veut changer le monde, changer le quotidien des femmes. Je parle avec tout le monde, des gens du PPE (droite), de Renew (libéral), des Verts. (...) Mon seul parti, c'est la cause.

Pour une femme comme moi, l'éducation sexuelle est extrêmement importante. Je fais partie des personnes dont la maman cachait la pilule au bout de son pagne pour la prendre en cachette parce que les hommes veulent avoir le plus d'enfants possible. Après son 7e enfant, ma mère en avait marre.

Dans le groupe politique où je suis, on peut voter comme on veut, je prends mes propres positions".

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