Fifagate: 9 ans de prison pour un ex-patron de la confédération sud-américaine

Fifagate: 9 ans de prison pour un ex-patron de la confédération sud-américaine
Juan Angel Napout, le 16 octobre 2015 à Santiago au Chili, a été condamné le 29 août 2018 à une peine de neuf ans de prison par la justice américaine VLADIMIR RODAS

Juan Angel Napout, ex-président de la confédération de football d'Amérique du Sud, la Conmebol, a écopé mercredi d'une peine de neuf ans de prison, une lourde sentence valant avertissement à tous les responsables du ballon rond tentés par la corruption.

Comme l'ex-patron de la fédération brésilienne José Maria Marin, condamné mercredi dernier à quatre ans de prison, le Paraguayen Napout, 60 ans, avait été reconnu coupable de corruption et d'avoir touché des millions de dollars de pots-de-vin fin décembre, au terme d'un procès à New York.

"Il faut une (peine) dissuasive car il y a eu --et il y a peut-être toujours - de la corruption dans le football international", a déclaré la juge fédérale Pamela Chen, en charge du dossier Fifa. Il faut envoyer le message "qu'on ne peut pas voler des millions en pots-de-vin aux fédérations et rester impuni", a-t-elle ajouté.

M. Napout, qui a aussi été condamné à payer un million de dollars d'amende et à restituer les 3,3 millions de dollars perçus, "avait une personnalité cachée, une vie cachée", réussissant à perpétuer "l'idée qu'il était un gentil, tout en touchant des pots-de-vin", a ajouté la juge, lors d'une audience de cinq heures.

Six semaines d'audience fin 2017 avaient exposé les millions de dollars de pots-de-vin versés par des sociétés de marketing sportifs aux responsables du football d'Amérique latine, en échange des droits de retransmission télé et de promotion de tournois du continent, dont la Copa America et la Copa Libertadores.

- "Un des plus coupables" -

Le procureur avait réclamé une peine minimum de 20 ans de prison. Il avait qualifié Juan Angel Napout de "l'un des plus coupables" parmi les 42 responsables du football accusés de corruption du sport le plus populaire au monde par la justice américaine, et estimé que le Paraguayen méritait, à 60 ans, moins de clémence que José Maria Marin, 86 ans.

"Il est personnellement responsable d'avoir perpétué et élargi la corruption dans le football à un moment où le système avait le plus besoin de réforme", avait écrit le procureur avant la sentence.

La défense avait elle demandé "la clémence" pour ce père de famille, plusieurs fois grand-père, arguant de sa "vie exemplaire, à l'exception de cette condamnation".

"Mon mari n'est pas parfait, mais qui parmi nous l'est?", a aussi fait valoir devant le juge sa femme, Karin Forster, mariée avec M. Napout depuis 33 ans.

Ses avocats avaient affirmé que la corruption endémique au sein des fédérations sud-américaines et la volonté de compromis de M. Napout avaient "dicté ses actes".

- Nom de code: "Honda" -

Napout, qui était également président de la fédération paraguayenne, a été accusé d'avoir reçu plus 3,3 millions de dollars de pots-de-vin --via des virements quasi-mensuels-- et d'avoir accepté d'en recevoir plus de 20 millions de dollars supplémentaires, jusqu'en 2026.

Il a aussi tenté de détruire les preuves de son implication dans cette corruption en essayant de dissimuler son ordinateur, après l'arrestation de sept responsables de la Fifa en mai 2015 à Zurich, qui avait révélé l'enquête américaine.

Les documents cités par l'accusation au procès new-yorkais identifiaient les destinataires des pots-de-vin par des noms de code: comme d'autres, M. Napout était désigné par un nom de marque de voiture --Honda-- selon des témoins.

Le Paraguayen, qui avait été arrêté en Suisse le 3 décembre 2015 puis extradé aux Etats-Unis et assigné à résidence en Floride, n'avait pas témoigné au procès.

Mercredi, en tenue de prisonnier beige, il a brièvement imploré la juge, en anglais, lui demandant "pitié" et "compassion".

Depuis le verdict de culpabilité rendu contre lui le 22 décembre, M. Napout, habitué aux résidences de luxe, était détenu dans la prison fédérale de Brooklyn, où il travaillait dans les cuisines, moyennant sept heures par jour et un salaire horaire de 19 dollars.

Parmi les 42 personnes inculpées par la justice américaine dans l'affaire de corruption à la Fifa figurent surtout des Sud-Américains, mais aussi quelques Américains comme Chuck Blazer, témoin-clé du FBI décédé en juillet 2017.

Beaucoup ont plaidé coupable. D'autres ont réussi à éviter leur extradition aux Etats-Unis, comme l'ancien vice-président de la Fifa Jack Warner, de Trinité-et-Tobago, ou Marco Polo del Nero, toujours en liberté au Brésil, même s'il a été exclu à vie de toute activité dans le football.

Si le scandale, apparu au grand jour en mai 2015 avec l'arrestation de plusieurs hauts responsables en marge du congrès de la Fifa à Zurich, a provoqué la démission de l'ex-président de la puissante fédération internationale Sepp Blatter, la question de la corruption autour des juteux droits télévisés continue d'ébranler le milieu du football.

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