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FO: Mailly, un rassembleur chahuté en fin de mandat

Jean-Claude Mailly, à la tête de FO depuis 14 ans, a longtemps su rassembler son syndicat hétéroclite. Mais cet "apparatchik" a assombri sa fin de mandat en fâchant la base par son refus de manifester contre des réformes d'Emmanuel Macron.

"Je suis comme Obélix, je suis tombé dedans quand j'étais tout petit", sourit le leader, 65 ans, dont 40 au sein de FO, et qui va céder sa place le 27 avril.

Habile communicant, ce fils et petit-fils de militants FO né le 12 mars 1953 à Béthune (Pas-de-Calais), avait été très confortablement élu en 2004, prenant le relais du tonitruant Marc Blondel.

Après des études de sciences économiques et sociales à Lille, le jeune Mailly démarre sa carrière professionnelle à la Sécurité sociale en 1978, puis adhère rapidement à FO.

Sans l'ancrage du terrain, il apprendra dans l'ombre de Blondel, dont il sera à partir de 1981 le bras droit pendant deux décennies, écrivant certains de ses discours. Ce dernier n'hésitera pas à le présenter comme un "fils".

En 2000, il abandonne son poste d'assistant pour un autre, plus stratégique: celui de secrétaire confédéral en charge de la presse. C'est là que lui vient l'idée de briguer le mandat de secrétaire général de FO.

Quatre ans plus tard, c'est chose faite, grâce au soutien de Marc Blondel qui a éreinté et divisé le syndicat par ses coups de gueule.

Mèche rebelle, petites lunettes rondes conseillées par sa femme, qui lui donnent un air d'éternel étudiant, Jean-Claude Mailly réussit très rapidement à pacifier les troupes qui louent son flegme et sa constance.

Il rassemble un syndicat composite, traversé par des tendances réformistes et contestataires mais aussi des trotskistes, socialistes, LR ou frontistes.

Des rumeurs persistent alors sur ses liens avec la franc-maçonnerie et le trotskisme. Il les réfute fermement. Suivront trois réélections - des plébiscites.

- "Serein" -

En 14 ans, celui qui se qualifie de "dinosaure" du syndicalisme, aura connu quatre présidents, dont Jacques Chirac, le "plus sympathique humainement", François Hollande, "le plus agaçant" et Emmanuel Macron, le "séducteur".

Deux périodes "pas faciles" l'ont marqué. D'un côté "une victoire": l'abandon du CPE (contrat première embauche), en 2006. De l'autre, les ordonnances réformant le Code du travail, à l'automne 2017. Elles marquent le début d'une période chahutée en interne, car les troupes ne comprennent pas que Jean-Claude Mailly refuse de se mobiliser, un an après avoir organisé une fronde contre la loi travail portée par Myriam El Khomri.

Le numéro un a aggravé cette année l'agacement de sa base, par sa position jugée "molle" contre les réformes dans la fonction publique ou la SNCF. Il ira jusqu'à douter de l'"envie" des salariés de descendre dans la rue "massivement", à quelques jours d'une manifestation de cheminots et des fonctionnaires en mars.

"Les militants FO comptent les jours qui les séparent du congrès où il partira de manière assez pitoyable", tranche Fabrice Lerestif, de FO Rennes.

Mailly, lui, ne "regrette rien" et aborde "serein" le raout de Lille.

Socialiste, proche de Martine Aubry, il n'a pas renouvelé sa carte au PS après l'élection de Macron et ne prévoit pas de faire de la politique ni d'écrire "ses mémoires".

Avec ses homologues, les relations sont en dents de scie et peuvent aller jusqu'à des échanges acerbes. Un temps brouillé avec Laurent Berger, de la CFDT, il bat désormais froid avec Philippe Martinez (CGT), pourtant son allié en 2016.

Un haut responsable d'un syndicat concurrent réfute l'image du "syndicaliste sympa", dénonçant son "double jeu" et ses "accointances politiques".

Après FO, il compte aller au Comité économique et social européen, basé à Bruxelles, et faire du "conseil", notamment sur l'implantation syndicale à l'étranger et l'insertion des jeunes.

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