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Guatemala/élections : une juge anticorruption se jette dans l'arène

(Belga) L'ex-procureure générale du Guatemala Thelma Aldana a annoncé ce week-end sa candidature à l'élection présidentielle du 16 juin prochain, quatre ans après avoir provoqué un séisme politique en mettant au jour un réseau de corruption impliquant le président Otto Perez, alors au pouvoir et acculé à la démission par ces révélations.

L'ex-procureure anticorruption, 63 ans, mariée et mère de deux enfants, se présente sous les couleurs du parti Semilla. Celui-ci a été fondé dans la foulée de l'indignation suscitée par la mise en cause du président Perez (2012-2015), un général à la retraite qui a été contraint de démissionner en septembre 2015 sous la pression de la rue. Il a depuis été emprisonné dans l'attente de son procès pour corruption, notamment dans une affaire de détournement de fonds publics par un vaste réseau impliquant les services des douanes, révélée à la fois par Mme Aldana et la mission de l'ONU anticorruption et contre l'impunité au Guatemala (Cicig). Cependant, la juge s'est faite bien des ennemis et sa candidature est contestée en justice par des partis politiques et des particuliers, qui mettent en doute son intégrité. Mme Aldana avait été nommée procureure générale en 2014 par le président Perez, celui-là même qu'elle fera chuter un an plus tard. En août dernier, Mme Aldana, alors toujours en poste, a de nouveau mis en ébullition le monde politique guatémaltèque en demandant le retrait de l'immunité du président de droite Jimmy Morales. Avec le chef de la Cicig, le juriste colombien Ivan Velasquez, la procureure générale entendait ainsi pouvoir enquêter sur les accusations de financement illégal de la campagne électorale victorieuse du chef de l'Etat, qui avait pourtant fait du combat implacable contre la corruption son cheval de bataille. Le président Morales, mis sous pression dès 2017 par Mme Aldana et la Cicig qui mentionnaient les noms d'un de ses fils et de son frère dans une affaire de fraude, a alors engagé un bras de fer avec la mission anticorruption de l'ONU, forcée de cesser ses travaux en dépit de décisions de la Cour constitutionnelle en faveur de la mission de l'ONU. Mme Aldana, qui a présidé la Cour suprême en 2011 et 2012, avait elle-même eu maille à partir avec la Cicig, qui l'a soupçonnée en 2009, avec cinq autres juges de la Cour suprême, d'être liée à des groupes de pouvoir parallèle. Cependant, en septembre dernier en Suède, le prix Rights Livelihood, qualifié de "Nobel alternatif", a été attribué à l'ex-procureure générale, en même temps qu'au chef de la Cicig, pour son action contre la corruption au Guatemala. (Belga)

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