Weinstein inculpé pour viol et agression sexuelle, le #MeToo applaudit

Le producteur de cinéma déchu Harvey Weinstein, accusé par des dizaines de femmes d'abus sexuels, a été inculpé vendredi à New York pour un viol et une fellation forcée, une première applaudie par le mouvement #MeToo.

Plus de sept mois après les premières accusations portées contre lui, M. Weinstein, 66 ans, en veste bleu marine sur pull bleu et chemise claire, a franchi une nouvelle étape dans la disgrâce en se livrant vendredi matin à la police de Manhattan.

Ce père de famille, qui avait disparu de la circulation depuis octobre, a été inculpé pour un viol en 2013 et une fellation forcée en 2004. Le producteur multi-oscarisé, habitué aux tapis rouges et longtemps vénéré pour avoir promu un cinéma original incarné par des réalisateurs comme Quentin Tarantino, a franchi une haie de caméras les mains dans le dos, menotté, sans dire un mot.

Lors d'une audience éclair au tribunal, devant une salle comble, un juge a ensuite confirmé les conditions de sa remise en liberté, négociées préalablement avec son avocat: une caution d'un million de dollars cash, le port d'un bracelet électronique, et la remise de son passeport aux autorités.

Son avocat Ben Brafman, un ténor du barreau new-yorkais qui avait obtenu en 2011 l'abandon des poursuites contre Dominique Strauss-Kahn dans l'affaire du Sofitel, a déclaré qu'il allait "agir très vite" pour exonérer son client.

"Nous pensons que (les accusations) sont constitutionnellement déficientes" et "non étayées par des preuves", a-t-il déclaré.

La prochaine audience a été fixée au 30 juillet.

Le bureau du procureur de Manhattan a précisé que l'accusation pour viol concernait des faits remontant au 18 mars 2013, à une adresse abritant un hôtel dans le quartier de Midtown. L'identité de la victime n'a pas été précisée. Il s'agirait d'une nouvelle accusation, non publiée jusqu'ici.

L'accusation de 2004 semble elle correspondre aux allégations de Lucia Evans, mais le procureur ne l'a pas confirmé.

Elle avait déjà publiquement accusé Harvey Weinstein de l'avoir forcée à lui faire une fellation au siège de sa société de production Miramax.

Depuis la publication des premières révélations sur lui début octobre, Harvey Weinstein a été accusé par une centaine d'actrices --dont Angelina Jolie, Gwyneth Paltrow ou Salma Hayek - de mannequins et d'ex-employées d'abus sexuels allant du harcèlement au viol.

Au fil des enquêtes du New York Times et du New Yorker, récompensées par le prix Pulitzer, il est apparu que Weinstein avait usé de son pouvoir, pendant près de 40 ans, pour obliger ces femmes à céder à ses fantasmes sexuels, se faisant parfois aider par ses employés et achetant le silence de certaines victimes via des accords de confidentialité.

Il s'est avéré aussi que beaucoup de gens étaient au courant de son comportement, mais avaient préféré se taire, souvent par peur de voir leur carrière ruinée par le tout-puissant producteur.

Les révélations ont fait l'effet d'une bombe. Des centaines de femmes, sous le hashtag #MeToo, se sont mises à témoigner sur des agressions sexuelles qu'elles avaient tues depuis des années. Le mouvement a fait chuter des dizaines d'hommes de pouvoir dans des secteurs aussi divers que le cinéma, les médias, la mode, la gastronomie ou la musique.

- "Descente aux enfers" -

L'arrestation du producteur survient alors que le procureur de Manhattan, Cyrus Vance, était soupçonné de reculer devant une bataille judiciaire dont beaucoup d'avocats soulignent qu'elle est loin d'être gagnée pour l'accusation. D'autant que Ben Brafman passe pour un redoutable adversaire.

"L'inculpation d'aujourd'hui marque une avancée importante dans une enquête toujours en cours", a sobrement déclaré le procureur Vance vendredi dans un communiqué, remerciant "les victimes courageuses qui sont sorties du silence".

Cette inculpation survient après de nouvelles informations selon lesquelles Harvey Weinstein ferait également l'objet d'une enquête au niveau fédéral, qui pourrait avoir poussé Vance à agir.

Si une condamnation est loin d'être acquise, plusieurs figures du mouvement #MeToo ont applaudi les images d'un Weinstein menotté.

"Je suis sous le choc", a déclaré sur la chaîne ABC l'ex-actrice Rose McGowan, qui dit avoir été violée par Weinstein en 1997 au festival Sundance. "Je dois avouer que je ne pensais pas le voir un jour menotté."

"Weinstein fait aujourd'hui son premier pas vers une inévitable descente aux enfers. Nous, les femmes, avons enfin un vrai espoir de justice", a tweeté l'actrice Asia Argento, qui affirme avoir été violée par Weinstein à Cannes, également en 1997.

Le mouvement Time's Up, né dans la foulée du #MeToo pour soutenir juridiquement les victimes d'abus sexuels, a souligné que le producteur avait "brisé la vie d'un nombre incalculable de femmes" et espéré que "la justice l'emporterait".

Depuis octobre, Weinstein était resté loin des projecteurs, censé suivre un traitement contre les addictions sexuelles dans l'Arizona.

Sa femme, Georgina Chapman, une Britannique qui a co-fondé la maison de mode Marchesa et avec laquelle il a eu deux enfants, l'a quitté dès les premières révélations. Elle a indiqué dans une récente interview que leur divorce était imminent.

The Weinstein Company, le studio de cinéma qu'il avait co-fondé avec son frère Bob, a été attaqué en justice pour avoir toléré voire facilité le comportement de prédateur sexuel du producteur. Il a été mis en liquidation judiciaire.

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