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Hong Kong: les commerçants souffrent après un été de contestation

Plus de 100 jours de mobilisation ont porté un coup dur à l'économie de Hong Kong, une des capitales mondiales du shopping, et les commerçants comme les professionnels du tourisme souffrent de cette désaffection.

En août, Hong Kong a enregistré une baisse du nombre de touristes de 40%, par rapport à l'an dernier, selon le secrétaire hongkongais aux Finances Paul Chan. La très grande majorité des touristes à Hong Kong sont originaires de Chine continentale.

Les images d'échauffourées, parfois violentes, entre les manifestants pro-démocratie et la police, dans les artères du centre financier, font le tour du monde depuis qu'a commencé en juin la contestation d'un projet de loi facilitant les extraditions vers la Chine, nourrie par la crainte d'une mainmise grandissante de Pékin sur l'ancienne colonie britannique.

En août, Hong Kong a enregistré la plus forte baisse du nombre de visiteurs étrangers depuis l'épidémie de SRAS en 2003, qui avait fait près de 300 morts et déclenché une panique généralisée dans ce centre financier international.

Parmi les quartiers les plus durement touchés depuis juin, Causeway Bay, réputé pour ses nombreuses boutiques de luxe. Le week-end dernier, les clients y ont été les spectateurs d'affrontements entre la police tirant des gaz lacrymogènes et des manifestants masqués.

Chiu, 39 ans, pharmacien à Causeway Bay, a vu son chiffre d'affaires chuter de 40 à 50%. Les étrangers, qui représentaient la moitié de sa clientèle avant le déclenchement des protestations, ne sont plus beaucoup à pousser la porte de son commerce, explique-t-il à l'AFP. "Les clients locaux semblent aussi moins nombreux à acheter. Le climat social n'est pas bon", regrette Chiu.

Plusieurs fois, le pharmacien, qui n'a pas souhaité donner son nom de famille, a tiré le rideau pour protéger sa boutique des grenades lacrymogènes.

- Pire qu'en 2014 -

Selon lui, la situation est pire qu'en 2014, lorsque le "mouvement des parapluies" avait paralysé pendant 79 jours le centre de la ville, une des plus grandes places financières du monde.

Le taux d'occupation des hôtels a chuté, avec des répercussions en cascade sur l'activité des commerces de détail et de la restauration.

Nombre d'événements culturels et sportifs, notamment le tournoi international féminin de tennis, ont été récemment annulés.

"C'est inquiétant qu'il n'y ait, pour l'instant, aucun signe d'amélioration dans un proche avenir", a écrit M. Chan sur un blog.

La croissance économique de la ville, corrigée des variations saisonnières, a chuté de 0,4 % au deuxième trimestre. Mais cette baisse s'était amorcée avant la contestation, avec le ralentissement économique mondial et la guerre commerciale entre la Chine et les Etats-Unis.

L'agence de notation Fitch a abaissé début septembre la note de dette souveraine de Hong Kong, jugeant que la confiance internationale dans "le système de gouvernance et l'état de droit" à Hong Kong était affectée.

Les mises en garde de Pékin, qui a notamment assimilé les manifestations à des actes de "quasi-terrorisme", ont certainement contribué à la disparition des touristes de Chine continentale, qui représentaient en juin plus de 80% des touristes.

Le nombre de groupes de touristes chinois a chuté de 90% au cours des 10 premiers jours de septembre, par rapport à l'an dernier, a indiqué à l'AFP Jessica Wan, porte-parole du conseil du secteur touristique hongkongais.

L'aéroport de la ville, le huitième aéroport international le plus fréquenté au monde, a enregistré une baisse de 12,4 % du nombre de passagers, soit quelque 850.000 voyageurs de moins.

- Des magasins ont fermé -

Nombre de commerçants ont vu leur chiffre d'affaires profondément affecté. A Wan Chai, le gérant d'un magasin de montres a dû licencier la moitié de son personnel. Si vous marchez dans les rues, vous verrez que plusieurs magasins de montres ont déjà fermé", a expliqué à l'AFP le gérant du magasin, qui se fait appeler Wong, qui se dit "pessimiste".

De l'autre côté de la baie, à Mongkok, les commerçants ont été parfois contraints de fermer leur magasin plus tôt afin d'éviter les violences.

Dans ce quartier populaire bardé d'enseignes lumineuses d'innombrables boutiques, les commerçant font aussi grise mine. Une vendeuse de sacs de contrefaçon affirme gagner cinq fois moins qu'au début de l'année.

Le mouvement de contestation ne montrant aucun signe d'apaisement, même les commerçants qui soutiennent le mouvement pro-démocratie, ont des sentiments mêlés. "Je soutiens les jeunes, dit Chiu, le pharmacien, qui laisse des réserves d'eau à sa porte pour les manifestants. "Mais j'ai aussi une affaire à gérer."

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