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Hong Kong: les manifestations affectent aussi la vie des employées de maison

Tous les dimanches, Jochel, une domestique indonésienne, est dans les parcs de Hong Kong, où elle partage un moment avec ses amis et appelle ses proches. Mais depuis quatre mois, son unique jour repos est perturbé par les manifestations et les gaz lacrymogènes.

Cette Indonésienne de 35 ans fait partie des 370.000 employées de maison que compte Hong Kong.

Appelées "helpers" ou assistantes, ces femmes sont essentiellement des Philippines et des Indonésiennes qui travaillent pour un maigre salaire et vivent dans de minuscules espaces.

Depuis juin, les manifestations pour demander des réformes démocratiques, qui dégénèrent de plus en plus régulièrement, se déroulent le plus souvent dans les quartiers où elles aiment profiter de leur rare temps libre.

"J'avais très mal aux yeux", se souvient Jochel en évoquant la première fois où elle s'est retrouvée au milieu des gaz lacrymogènes alors qu'elle partageait un pique-nique avec ses amis à Victoria Park, un grand parc au coeur de l'île de Hong Kong.

L'ex-colonie britannique vit depuis juin sa pire crise politique depuis sa rétrocession à la Chine en 1997, avec des manifestations et actions quasi quotidiennes pour dénoncer un recul des libertés, mais aussi les ingérences grandissantes de Pékin dans les affaires de sa région semi-autonome.

- Pas l'intention de partir -

Au cours des dernières semaines, la mobilisation a souvent dégénéré en affrontements de plus en plus violents entre militants radicaux et forces de l'ordre.

Ces employées de maison, qui touchent un salaire minimum mensuel de 4.310 dollars hongkongais (494 euros) vivent le plus souvent chez leurs employeurs, dans des appartements exigus.

Des défenseurs des droits humains dénoncent régulièrement leur exploitation par des agences de recrutements et des employeurs peu scrupuleux.

Elles n'ont droit qu'à un jour de congés par semaine, la plupart du temps le dimanche.

Le dimanche, les Indonésiennes affluent dans le quartier commerçant de Causeway Bay, les Philippines préférant se rassembler près de Central et Admiralty.

Ces trois quartiers sont depuis le début du mouvement des hauts lieux de manifestations.

Sandy, une employée indonésienne, faisait régulièrement de la randonnée avec ses amies sur les nombreux chemins que compte Hong Kong.

Mais désormais, elle a tendance à rester plus près de chez employeur, redoutant que les affrontements ne perturbent les transports et ne l'empêchent de rentrer.

"Si nous partons trop loin, nous craignons de ne pas pouvoir rentrer chez nous. Nous devons être de retour à 22 ou 21 heures", explique-elle.

"Nous essayons de rester à l'écart (des manifestations) pour notre propre sécurité", souligne Sandy, encore marquée par le jour où où elle s'est retrouvée au milieu des gaz lacrymogènes, dans le quartier de Central.

La mobilisation est née du rejet d'un projet de loi qui visait à autoriser les extraditions vers la Chine.

Depuis, la violence n'a cessé de monter en puissance.

Même si l'avenir de Hong Kong demeure incertain, de nombreuses domestiques affirment ne pas avoir l'intention de partir.

"Nos employeurs ont besoin de nous et nous avons également besoin de ce travail", souligne Sandy, qui fait vivre ses parents restés au pays.

En septembre, Veby Indah, une journaliste indonésienne, a perdu un oeil après avoir reçu un projectile tiré par la police.

Elle travaillait pour Suara, un journal gratuit indonésien qui s'adresse aux "helpers" travaillant à Hong Kong.

- Emoi de la communauté -

Cet acte violent a suscité l'émoi au sein de la communauté indonésienne qui ne s'est pas senti capable de le dénoncer publiquement.

"J'ai peur d'avoir des problèmes", a expliqué Marsanah, arrivée depuis trois ans à Hong Kong. Elle a songé à manifester mais a fini par renoncer, craignant la réaction des autorités.

Eni Lestari, président du réseau des employées immigrées indonésiennes, affirme que beaucoup partagent la même envie mais n'ont pas franchi le pas, redoutant de perdre leur travail et par conséquence leur visa.

"Si l'on vous voit participer à une action ayant un rapport avec les manifestations à Hong Kong, il y a de fortes chances que vous perdiez le droit de travailler", a-t-elle expliqué à l'AFP.

Son association avait prévu d'organiser un rassemblement en soutien à Veby Indah un dimanche, mais il a été annulé car il coïncidait avec une manifestation pro-démocratie.

Le rassemblement a eu lieu un jour de semaine, devant le consulat général indonésien, appelant Jakarta à faire pression sur les autorités hongkongaises pour qu'elle enquêtent, identifient et poursuivent le policier auteur du tir.

Les avocats de la journaliste ont fait part de leur intention d'engager des poursuites, la police ayant refusé de livrer l'identité du policier.

"Ce que le gouvernement indonésien est en train de faire n'est pas suffisant", a regretté une employée de maison lors du rassemblement, Sringatin.

"Demander à notre communauté de prier et de rester calme ne suffit pas."

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