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Hong Kong : les manifestations, un "défi" lancé à Xi Jinping

Hong Kong : les manifestations, un
Le président chinois Xi Jinping au G20 à Osaka le 29 juin 2019Ludovic MARIN

"Hong Kong n'est pas la Chine" : l'avertissement tagué par des manifestants au cours du saccage du Parlement de ce territoire semi-autonome sonne comme un défi lancé au président chinois Xi Jinping, désormais confronté à un test politique majeur.

Pékin a fait preuve d'une relative retenue depuis que des manifestations monstres ont éclaté en juin dans cette ex-colonie britannique contre un projet de loi visant à autoriser les extraditions vers la Chine continentale.

Si le gouvernement central, dirigé par le Parti communiste chinois (PCC), a exprimé son soutien aux autorités de Hong Kong, il s'est jusque-là abstenu de toute intervention directe.

Mais sa patience a peut-être atteint ses limites : des contestataires sont entrés de force lundi dans le Parlement hongkongais, accrochant le drapeau de l'ère coloniale dans l'hémicycle et taguant des messages anti-Pékin.

"Ces actes graves et illégaux piétinent l'Etat de droit à Hong Kong", a réagi avec colère mardi l'organisme gouvernemental chinois chargé des affaires hongkongaises. "Nous exprimons notre plus énergique condamnation."

Suprême affront : cela s'est passé le jour-même de l'anniversaire de la rétrocession du territoire à la Chine le 1er juillet 1997 - supposé être une fête pour la République populaire.

En vertu du principe "Un pays, deux systèmes", cette ex-colonie britannique peut en théorie conserver jusqu'en 2047 son propre système, avec sa justice indépendante et sa liberté d'expression.

- Des options limitées -

Les manifestations interviennent toutefois dans un contexte d'inquiétude de certains Hongkongais face à l'emprise supposée croissante des dirigeants communistes.

"Elles constituent un défi direct à Xi Jinping, aux autorités de Hong Kong et au gouvernement central", commente Hua Po, un politologue indépendant travaillant à Pékin.

Les options du président chinois sont cependant limitées : une intervention brutale risquerait notamment d'effrayer les investisseurs internationaux présents dans le territoire.

"Pékin doit s'assurer que Hong Kong reste un lieu attractif pour les entreprises étrangères, pour les multinationales, en tant que centre financier", note le sinologue Jean-Pierre Cabestan, de l'Université baptiste de Hong Kong.

Pour l'heure, le gouvernement central s'est borné à demander l'ouverture d'une enquête par les autorités hongkongaises contre les manifestants ayant saccagé le parlement et le "retour à l'ordre".

Les dirigeants communistes craignant que leur autorité soit remise en cause, les médias d'Etat ont soigneusement évité ces dernières semaines de montrer des images des manifestations. Sur internet, les censeurs contrôlent les discussions sur les événements.

Mardi, la télévision d'Etat a toutefois diffusé des images de Carrie Lam, la cheffe de l'exécutif de Hong Kong, condamnant l'invasion "extrêmement violente" du parlement.

Des vidéos des manifestants commettant des déprédations dans l'hémicycle du Conseil législatif ont par ailleurs été relayées par certains médias sur Weibo, l'équivalent chinois de Twitter.

- 'Mafieux' -

On s'y s'attardait également sur des Hongkongais dénonçant les violences et apportant leur soutien à la police. Mais sans montrer le gros des manifestations pacifiques.

"Les censeurs du Parti communiste doivent faire attention à ce que les Chinois du continent ne soient pas attirés par l'alternative qu'offre Hong Kong, faute de quoi le régime communiste pourrait être en péril", estime Don Tse, un chercheur du cabinet américain SinoInsider.

"Toutefois, le PCC ne peut faire l'impasse sur la situation à Hong Kong au risque de perdre une occasion de contrôler et de façonner le discours" auprès de sa population, ajoute-t-il.

Selon Hua Po, les autorités soulignent ainsi surtout la violence des manifestants afin de se gagner l'opinion publique en Chine continentale.

Dans un éditorial au vitriol, le quotidien anglophone Global Times, considéré comme proche du pouvoir, a quant à lui condamné mardi un "comportement de mafieux".

"La société chinoise est consciente que la tolérance zéro est le seul remède à ce comportement destructeur", a martelé le journal connu pour son ton nationaliste.

Pour faire baisser la température, Pékin pourrait toutefois jouer de la stratégie de la carotte et du bâton, pense Jean-Pierre Cabestan : pousser l'impopulaire Carrie Lam vers la sortie, tout en faisant pression sur Hong Kong en vue d'engager des poursuites contre les auteurs du saccage du parlement.

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