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Il y a 40 ans, la mort de Jacques Mesrine, l'"ennemi public numéro 1"

Vendredi 2 novembre 1979, dans l'après-midi. Un homme ensanglanté gît au volant de sa voiture criblée de balles, porte de Clignancourt à Paris: l'"ennemi public numéro 1", Jacques Mesrine, 42 ans, vient d'être abattu par la police.

Une extrême agitation règne dans ce quartier du XVIIIe arrondissement, où de nombreux badauds et journalistes veulent approcher de la BMW de couleur gris brun métallisé, immatriculée 83 CSG 75, décrivent les dépêches de l'AFP de l'époque. Mesrine avait des grenades sur lui et la voiture est peut-être encore piégée, crient des policiers.

Sur le pare-brise avant de la berline, les reporters comptent 18 impacts de balles, trois autres sur la carrosserie.

Parmi les témoins, Bruno, 16 ans, qui tient une guérite à sandwiches, livre un témoignage extrêmement détaillé: "Il était peut-être 15h30 et la circulation était normale. La voiture de Mesrine était arrêtée au rond-point normalement pour tourner à gauche vers le boulevard Ney. J'ai vu une Peugeot 305 beige le doubler par la droite. Un homme est descendu et a tiré sur la BMW de Mesrine. Tout de suite après, j'ai vu descendre d'autres hommes par l'arrière d'un camion bleu bâché, qui se trouvait devant la voiture de Mesrine (...). Mesrine n'a pas pu tirer, je l'ai vu tomber sur son volant".

- "Ca finira mal" -

Le truand était activement recherché depuis sa spectaculaire évasion, 18 mois plus tôt, de la prison parisienne de la Santé où il purgeait une peine de 20 ans de réclusion pour vol, prise d'otages et tentative d'homicide notamment. Les hommes de "l'anti-gang", dirigé par le commissaire Robert Broussard, et ceux de la brigade de répression du banditisme de Lucien Aimé-Blanc ont mis fin à sa cavale.

Sa compagne, Sylvia Jeanjacquot, a été grièvement blessée dans la fusillade.

Dès 19h00, le patron de la police judiciaire, Maurice Bouvier, qui a supervisé l'opération, s'emploie à justifier l'embuscade lors d'une conférence de presse.

"Nous savions que Mesrine était armé, qu'il possédait notamment deux grenades défensives et nous ne pouvions pas prendre le risque de le laisser tirer sur la foule ou sur nous, c'est pourquoi nous avons ouvert le feu les premiers".

Depuis sa dernière "belle", le 8 mai 1978, Mesrine avait multiplié les défis à ceux qui le recherchaient (hold-ups, enlèvement, agressions, entretiens dans la presse). A Paris Match il assurait en juillet 1978: "je ne me rendrai pas (...) Je sais très bien que ça finira mal".

Quelques jours avant de passer à l'action, les policiers avaient localisé sa dernière planque, un appartement loué dans le XVIIIe sous une fausse identité.

- Corde à la fenêtre -

"Nous avons estimé que nous ne pouvions pas prendre le risque d'interpeller Mesrine dans son appartement, car il aurait été capable de tenter une prise d'otage (...) C'est ainsi qu'ayant appris qu'il se préparait à partir en week-end dès le début de ce vendredi après-midi, de nombreuses voitures de nos services encerclaient la Porte de Clignancourt. Notamment, un poids lourd de trois tonnes avait été prévu pour lui barrer la route", détaille Maurice Bouvier.

Dans la soirée, une perquisition dans l'appartement de la rue Belliard, au troisième étage, permet de découvrir des armes, des munitions, un masque à gaz. Une corde pouvant être déroulée jusqu'au rez-de-chaussée est attachée à la barre d'appui d'une fenêtre, comme pour préparer une fuite en cas d'assaut.

Dix jours plus tard, la famille de Jacques Mesrine dépose une plainte contre X pour "assassinat".

Il faudra 25 ans d'auditions et procédure pour qu'un non lieu soit prononcé, rendu définitif en 2006. La justice estime que les policiers ont fait les sommations d'usage et ont agi en état de légitime défense, lorsqu'ils ont vu Mesrine faire un geste comme pour se saisir d'une arme dans sa voiture.

Les circonstances de sa mort contribueront à la légende de cette figure du grand banditisme, plusieurs fois incarcéré et plusieurs fois évadé, en France et au Canada. Il sera incarné au cinéma par Vincent Cassel.

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