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Immigration: Trump frustré par les démocrates, les juges et Mexico

Donald Trump se pose en champion de la lutte contre l'immigration illégale, mais les démocrates, les juges et le Mexique contrecarrent ses projets et les arrivées à la frontière, loin d'être jugulées, ne cessent d'augmenter.

De plus en plus frustré, le président américain a annoncé dimanche le départ de sa ministre de la Sécurité intérieure Kirstjen Nielsen. L'intérim doit être assuré par Kevin McAleenan, jusque-là chef du service américain des douanes et de protection des frontières (CPB).

L'administration reste toutefois confrontée aux obstacles qui, depuis plus de deux ans, empêchent Donald Trump d'agir à sa guise en matière migratoire.

- Les chiffres s'entêtent -

Quand Donald Trump est arrivé à la tête des Etats-Unis, les arrestations aux frontières étaient de l'ordre de 20.000 par mois. Depuis, elles ont connu une hausse constante. Selon des données provisoires, 100.000 clandestins ont été interpellés en mars, un plus haut depuis 2014.

Des familles du Honduras, du Salvador et du Guatemala, fuyant la violence et la misère, forment le gros des troupes. Elles voyagent en groupe, traversent le Mexique, la frontière américaine, puis se rendent aux gardes-frontières. Elles déposent alors une demande d'asile et sont relâchées sur le sol américain le temps de l'examen de leur dossier.

Selon l'administration américaine, beaucoup disparaissent alors dans la nature. Donald Trump tempête régulièrement contre ce système qu'il résume par la formule "catch and release" (attrape et libère).

- Le mur démocrate -

Pour juguler ces flux, le magnat républicain a d'abord promis d'ériger un mur le long des 3.200 kilomètres de frontière avec le Mexique. Deux ans plus tard, il n'a érigé que 200 km de nouvelles barrières.

Fin 2018, il s'est heurté au refus des parlementaires démocrates de financer une portion de 377 km supplémentaires. Après plus d'un mois de blocage des administrations fédérales, Donald Trump s'est résolu à proclamer une "urgence nationale" pour puiser directement dans le budget du Pentagone.

- La réforme impossible de l'asile -

Au quotidien, quelque 300 juges spécialisés sont censés évaluer les demandes d'asile, un chiffre insuffisant pour faire face aux flux actuels et les tribunaux sont totalement engorgés.

"On devrait se débarrasser de tout le système d'asile, parce qu'il ne fonctionne pas, et franchement, on devrait se débarrasser des juges", a encore tonné le président la semaine dernière.

Avec la majorité démocrate à la Chambre des représentants, il a cependant peu de chances d'être entendu.

- Le barrage des tribunaux -

Désireux d'agir vite, Donald Trump a agi par décret dès le début de sa présidence.

Mais sa première mesure phare --l'interdiction de voyager aux Etats-Unis pour les ressortissants de certains pays à majorité musulmane, considérés comme présentant un risque terroriste-- a été bloquée en justice. La Cour suprême a finalement validé sa troisième mouture au printemps 2018.

Les tribunaux ont également bloqué un décret signé le 9 novembre 2018 par Donald Trump, qui prévoyait le rejet automatique des demandes d'asile déposées par des personnes ayant traversé illégalement la frontière.

Et un juge d'un tribunal fédéral de San Francisco (Californie) a retoqué lundi une mesure annoncée en décembre par l'administration Trump pour que les demandeurs d'asile arrivant aux Etats-Unis par les points d'entrée situés le long de la frontière sud soient renvoyés au Mexique pendant l'examen de leur dossier par les autorités américaines.

- Levée de boucliers dans l'opinion -

Au printemps 2018, Donald Trump a souhaité que toutes les personnes franchissant illégalement la frontière soient placées en rétention, ce qui a entraîné la séparation de nombreuses familles.

Le transfert de plus de 2.300 mineurs en centres d'hébergement, et les images d'enfants en pleurs, ont provoqué un tollé jusque dans les rangs républicains et Donald Trump a dû faire marche arrière.

- Les ambiguïtés mexicaines -

A la fin de l'année 2018, Washington a annoncé avoir passé un accord avec Mexico pour renvoyer les demandeurs d'asile chez son voisin pendant l'examen de leur dossier.

Mexico a dénoncé une "mesure unilatérale". Depuis, seuls 240 migrants ont été renvoyés vers le Mexique, un chiffre dérisoire par rapport au total des arrivées à la frontière.

Donald Trump a également exhorté son voisin à arrêter les "caravanes" de migrants sur son sol, menaçant à multiples reprises de fermer la frontière entre les deux pays.

Vendredi, il a assuré que le Mexique jouait le jeu et levé sa menace. Est-ce pour garder la face ou a-t-il entendu les mises en garde sur l'impact d'une telle mesure pour l'économie américaine ?

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