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Inde : des milliers de victimes de viols et leurs familles défilent à New Delhi

Une Marche pour la Dignité a rassemblé vendredi à New Delhi quelque 5.000 personnes venues manifester, après avoir parcouru des milliers de kilomètres à travers toute l'Inde, pour dénoncer les viols dont elles-mêmes ou leurs proches ont été victimes et réclamer justice.

Teju Bai, dont la belle-fille a été violée l'année dernière, a marché pendant un mois pour rejoindre la manifestation. Elle-même, son fils et son épouse - la victime - ont dû quitter leur village dans l'Etat de Madhya Pradesh (centre) après que le jeune femme eut été accusée de provoquer les hommes en l'absence de son mari.

La jeune femme a été couverte d'opprobre alors que son agresseur est toujours libre, déplore-t-elle. "Les villageois nous ont ostracisés", raconte-t-elle.

Selon le mari de la victime, Kanwar Lal, l'agresseur s'est introduit une nuit dans leur maison, a violé sa femme à plusieurs reprises et l'a sommée de ne rien dire à personne. "J'ai promis de me battre pour elle", confie-t-il à l'AFP.

Les viols sont devenus un thème central en Inde depuis le viol collectif et l'assassinat d'une étudiante à bord d'un autobus en 2012, une affaire qui avait fait la une des medias et suscité de nombreuses manifestations.

Des changements ont été promis par les responsables politiques, mais dans de nombreux cas la faute est rejetée sur les victimes. L'un des auteurs de l'attaque de 2012 a même accablé la victime, affirmant que les femmes qui sortent tard le soir attirent les hommes. "Une fille est bien plus responsable d'un viol qu'un garçon", a déclaré cet homme, qui avec ses co-accusés livre une dernière bataille en justice pour éviter la peine de mort.

Mahinder Singh, dont la soeur a été violée en 2017, a marché pendant un mois avec les manifestants, qui ont parcouru quelque 10.000 kilomètres dans l'ensemble de l'Inde avant de parvenir à New Delhi.

- "Couvertes de honte" -

"Je suis venu pour soutenir cette tentative de mettre fin à la stigmatisation des victimes de viols", explique cet homme venu de l'Etat de Madhya Pradesh. "Ma soeur est innocente, mais elle a été punie par la société car elle est la survivante d'un viol", s'indigne-t-il.

La police a mis un an pour appréhender l'agresseur, qui a été acquitté en 2018 pour manque de preuves. Singh affirme que la police a accepté des pots-de-vin de l'agresseur et que depuis la fin du procès, sa famille a reçu des menaces de mort.

Près de 1,4 million de crimes commis contre des femmes ont été recensés ces cinq dernières années. Sur les 325.000 rapportés en 2016, 36.500 étaient des viols.

Mais selon les experts, les chiffres officiels ne représentent que la partie émergée de l'iceberg, car de nombreuses victimes, craignant d'être rejetées par leur entourage, préfèrent se taire.

"Les survivantes sont couvertes de honte par leur communauté, leur famille, leurs proches. Les auteurs bénéficient d'un fort soutien", souligne Asif Shaikh, l'un des organisateurs de la marche.

Les organisateurs ont mis en place un réseau de victimes dans l'ensemble de l'Inde pour faire avancer leur cause.

"Nous ne devons pas garder le silence", prône Bhanwari Devi, une soixantenaire originaire d'un petit village du l'Etat du Rajastan, qui poursuit depuis des décennies son combat pour les femmes violées.

Bhanwari Devi avait été violée par cinq hommes appartenant à une caste supérieure après qu'elle eut empêché un mariage d'enfants dans le village. Le viol avait fait la une des medias après qu'elle l'eut rendu public, mais les auteurs sont toujours libres.

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