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Indonésie: des émeutes sanglantes en Papouasie font une trentaine de morts

Au moins une trentaine de personnes sont mortes lundi dans des émeutes sanglantes en Papouasie, une province d'Indonésie en ébullition depuis la mi-août suite à des tensions entre la population autochtone et les forces indonésiennes.

Des milliers d'habitants ont fui les affrontements et les incendies volontaires dans cette région pauvre où les émeutes se succèdent depuis plus d'un mois en réaction à des attaques racistes contre des étudiants papous.

"Il s'agit de l'une des journée les plus sanglantes de ces vingt dernières années en Papouasie", a souligné Usman Hamid, directeur d'Amnesty International en Indonésie. L'organisation a appelé à une enquête et a condamné la coupure des réseaux internet par les autorités indonésiennes.

Dans la ville de Wamena au centre de la Papouasie, 26 personnes sont mortes après une manifestation lundi de centaines de jeunes au cours de laquelle des bâtiments, notamment publics, ont été incendiés, selon un dernier bilan mardi de la police.

"Certaines victimes sont mortes brûlées, d'autres par arme blanche (...) d'autres sont restées prisonnières des flammes", a expliqué le commandant militaire Chandra Dianto à l'AFP, avertissant que le bilan pourrait encore s'aggraver.

Les autorités ont confirmé que la plupart des victimes n'étaient pas d'origine papoue, ce qui laisse craindre une escalade des violences contre les habitants de Papouasie venus d'autres îles de l'archipel indonésien.

Les troubles de Wamena ont commencé quand des centaines de lycéens et d'étudiants se sont rassemblés pour protester contre des propos racistes attribués à un enseignant sur les réseaux sociaux. La police a démenti ces propos racistes, parlant d'une "infox".

Le Mouvement de la Papouasie libre (OPM), qui regroupe plusieurs organisations séparatistes, a pour sa part dénoncé un "massacre" à Wamena, affirmant que 17 lycéens avaient été tués par balle par les forces de l'ordre.

Les bilans avancés par l'armée ou les séparatistes divergent, comme souvent en Papouasie, et ne peuvent être vérifiés indépendamment.

- 4000 réfugiés -

Ailleurs, les violences ont opposé des manifestants séparatistes et les forces indonésiennes.

Dans la capitale provinciale Jayapura, un soldat et trois civils sont morts lundi dans un affrontement entre manifestants qui lançaient des pierres et les forces de l'ordre.

Le soldat a été tué par arme blanche et trois manifestants sont morts de blessures infligées par des balles en caoutchouc, ont indiqué les autorités.

L'armée a arrêté environ 700 personnes et en a libéré plusieurs centaines après les avoir interrogés. Les violences ont fait plus de 70 blessés.

Fuyant les violences, plus de 4.000 habitants, dont de nombreuses femmes et enfants, se sont réfugiés dans des postes de police, de l'armée, des bâtiments publics ou des églises, selon les autorités.

"Il y avait beaucoup de femmes et de personnes âgées, surtout des migrants", (originaires des autres îles de l'archipel, ndlr) a confirmé à l'AFP Yudi, un entrepreneur indonésien habitant Wamena qui a rejoint un refuge.

"Certains Papous ont aidé les migrants en les cachant chez eux, mais quand ça s'est su, leurs maisons ont aussi été prises pour cible". "Wamena est détruite", a-t-il assuré.

"Ce conflit accentue les divisions entre les migrants et les Papous", a déploré Naftali Pawika, une autre habitante de Wamena d'origine papoue.

La population autochtone de Papouasie est mélanésienne et en majorité chrétienne, avec une culture tribale différente du reste de l'Indonésie où 90% de la population est musulmane.

- Rébellion indépendantiste -

Damien Kingsbury, professeur de politique internationale à l'université australienne Deakin, et spécialiste de la Papouasie, reste cependant sceptique sur l'hypothèse d'affrontements entre communautés.

"Je doute (...) que cela ait été intentionnel, ou planifié", indique-t-il interrogé par l'AFP.

Les manifestations et les émeutes parfois meurtrières se succèdent en Papouasie depuis des attaques racistes contre des étudiants papous à Surabaya, la deuxième plus grande ville d'Indonésie sur l'île de Java le 17 août, jour de l'indépendance de l'Indonésie. La vague de manifestation a aussi relancé les revendications pour un référendum sur l'indépendance.

La Papouasie connaît une rébellion indépendantiste sporadique contre le gouvernement indonésien qui a pris le contrôle de cette région riche en ressources naturelles dans les années 1960, après la colonisation néerlandaise.

La partie orientale de l'île est occupée par la Papouasie-Nouvelle-Guinée, Etat indépendant depuis 1975.

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