Indonésie: l'avenir incertain d'Ahok, ex-gouverneur chrétien de Jakarta sorti de prison

Indonésie: l'avenir incertain d'Ahok, ex-gouverneur chrétien de Jakarta sorti de prison
Des soutiens de l'ancien gouverneur de Jakarta, Basuki Tjahaja Purnama surnommé "Ahok", le 24 janvier 2019 à depok, en IndonésieBAY ISMOYO, BAY ISMOYO

Si l'ex-gouverneur chrétien de Jakarta peut se réjouir de sa sortie de prison jeudi, après deux ans derrière les barreaux pour blasphème, son avenir est incertain en Indonésie, pays divisé par cette affaire symptomatique d'une intolérance religieuse croissante.

Basuki Tjahaja Purnama, surnommé "Ahok", était le premier gouverneur de Jakarta non musulman depuis plus de 50 ans, et le premier issu de la minorité chinoise.

L'homme avait su se rendre populaire avec des mesures contre les embouteillages monstres dans la capitale et en luttant contre la corruption. Certains lui prédisaient un brillant avenir en politique.

Avec sa haute taille, son regard direct souligné par de fines lunettes, il tranchait par son style direct, inhabituel en Indonésie, et sa capacité d'action pour améliorer la vie quotidienne dans la mégalopole.

Son discours percutant contre la corruption, endémique dans le pays d'Asie du Sud-Est, et contre une bureaucratie apathique, lui avaient assuré une certaine popularité.

Un "biopic" retraçant sa jeunesse dans une famille aisée de l'île de Belitung, "Un homme appelé Ahok", a rempli les salles de cinéma fin 2018.

Après avoir commencé son ascension politique sur son île, puis être entré au Parlement, l'homme politique avait accédé à la fonction de gouverneur de Jakarta en 2014 grâce à l'élection à la présidence de son prédécesseur Joko Widodo. Il avait été son adjoint, il était maintenant aux commandes.

Sous le mandat de ce géologue de formation devenu homme d'affaires, les nids-de-poule ont disparu, des places de parking ont été créées et les voies d'eau assainies.

Mais d'autres décisions, comme celles d'évincer des habitants pauvres habitant en bord de rivière, dans le cadre de cette même politique, ont causé une certaine colère. Le franc-parler qui lui a permis de faire bouger les choses a aussi précipité sa chute.

- Milliers de manifestants -

En septembre 2016, devant un groupe de pêcheurs, Ahok avait estimé erronée l'interprétation par certains oulémas (théologiens musulmans) d'un verset du Coran selon lequel un musulman ne doit élire qu'un dirigeant musulman.

La vidéo, devenue virale, avait provoqué une vague de contestation dans ce pays d'Asie du Sud-Est où tout semblant de contestation de l'islam est extrêmement sensible.

Ses excuses et son insistance pour dire qu'il n'avait cherché qu'à répondre à ses rivaux ne pouvaient pas grand-chose face au discours enflammé de groupes radicaux. Ceux-ci s'étaient emparés de la controverse pour le combattre et mettre en difficulté son allié, le président Joko Widodo.

Des manifestations avaient rassemblé des milliers de partisans d'une ligne dure de l'islam dans la capitale fin 2016.

Jugé pour blasphème, il avait vu sa popularité s'effondrer et perdu son poste de gouverneur en avril 2017, à la faveur d'une élection remporté par un adversaire musulman.

Le mois suivant il était condamné à deux ans de prison pour insulte à l'islam, alors que le parquet avait requis le sursis.

Les perspectives pour lui paraissent bouchées.

"Je ne pense pas qu'Ahok va revenir en politique immédiatement", a jugé Syamsuddin Haris, analyste politique à l'Institut des sciences indonésien.

"Il va attendre et voir comment le public répond à sa libération. Parce que s'il retourne directement en politique et soutient (le président) Joko Widodo, ce serait risqué pour Widodo", a-t-il relevé.

Ce dernier est en pleine campagne pour décrocher un second mandat à l'issue de la présidentielle en avril.

Voulant semble-t-il laisser son passé et un surnom à connotation chinoise derrière lui, "Ahok", a fait savoir à ses supporters qu'il veut désormais qu'on l'appelle "BTP".

Ce père de trois enfants a aussi divorcé pendant sa détention.

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