En ce moment
 
 

Indonésie: un deuxième étudiant meurt au cours d'une vague de manifestations

Indonésie: un deuxième étudiant meurt au cours d'une vague de manifestations
Manifestations devant le parlement local à Surabaya en Indonésie, le 26 septembre 2019Juni Kriswanto

A découvrir

Un deuxième étudiant est mort au cours d'une vague de manifestations contre des lois controversées qui agitent l'Indonésie depuis le début de la semaine, ont indiqué plusieurs sources vendredi.

Les étudiants manifestent contre une réforme qui risque d'affaiblir l'agence de lutte contre la corruption, et une révision du code pénal vue comme liberticide prévoyant notamment des peines de prison pour les relations sexuelles hors mariage ou entre personnes du même sexe.

Un étudiant ingénieur de 19 ans est mort à l'hôpital après des coups à la tête reçus au cours d'émeutes jeudi à Kendari sur l'île des Célèbes, a indiqué le directeur de l'hôpital de la ville, Sjarif Subijakto, à l'AFP.

Les proches du jeune homme ont confirmé son décès dont les circonstances n'ont pas été éclaircies.

"Son père a reconnu sa mort, il veut juste savoir ce qui s'est passé", a indiqué à l'AFP Rahmat, un membre de la famille qui n'a donné que son prénom. "Mais sa mère est toujours sous le choc".

Il s'agit de la deuxième victime parmi les étudiants après les violentes manifestations qui se sont multipliées à travers le pays depuis lundi causant plusieurs centaines de blessés dans des affrontements avec les forces de l'ordre.

Jeudi un étudiant âgé de 22 ans, selon les dernières informations de la police, est mort dans la même ville de Kendari après avoir été blessé à la poitrine au cours d'une manifestation qui a conduit à l'incendie du parlement local.

"L'autopsie a révélé que la blessure avait été causée par une balle réelle", a annoncé vendredi à des journalistes Iriyanto, le chef de la police du sud-est des Célèbes, qui ne porte qu'un nom.

Le président indonésien Joko Widodo a fait part de ses condoléances aux parents des deux étudiants et ordonné une enquête sur les circonstances de leur mort.

Mis en difficulté alors qu'il s'apprête à être investi pour un second mandat en octobre, le président a souligné qu'il avait demandé à la police d'agir avec retenue. "Depuis le début, j'ai demandé au chef de la police et aux policiers de ne pas faire d'excès".

Cette vague de manifestations est l'une des plus importantes en Indonésie depuis le soulèvement ayant abouti à la chute du dictateur Suharto en 1998.

Les députés indonésiens devaient voter cette semaine la réforme du code pénal mais, devant les critiques, le président a demandé la semaine dernière qu'elle soit repoussée à la session parlementaire d'octobre. En ce qui concerne la réforme de l'agence de lutte contre la corruption, il a semblé reculer jeudi, indiquant qu'il réfléchissait à un décret pour la modifier.

"Ces manifestations très soudaines et importantes dans tout le pays (...) montrent clairement que toute initiative (de M. Widodo) portant atteinte aux libertés démocratiques se heurtera à la résistance de la rue de la part des mêmes segments de la société que ceux qui ont lancé les réformes en 1998", a observé l'analyste Kevin O'Rourke.

Le président "n'a jamais fait face à une situation aussi complexe", a observé Arya Fernandes, chercheur au Centre d'études stratégiques et internationales de Jakarta. Pour lui, "c'est un test pour sa capacité à diriger".

A Jakarta, quelques centaines d'étudiants se sont rassemblés vendredi près du Parlement pour réclamer l'annulation des lois controversées et ont réclamé justice pour la mort des manifestants.

"Nous exigeons la démission du chef de la police (locale, à Kendari), pour ne pas avoir su préserver la démocratie", a déclaré un manifestant, Najih Prasetyo.

Vos commentaires