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Irak: divisés, les Kurdes risquent de perdre leur rôle pivot au Parlement

En plein désarroi, minés par les divisions, les Kurdes irakiens risquent de perdre une dizaine de sièges lors des élections générales du 12 mai, ce qui réduirait leur capacité à faire valoir les intérêts de leur communauté.

Ils pourraient payer les conséquences funestes du scrutin d'indépendance de septembre.

Organisé malgré l'opposition du pouvoir central à Bagdad, ce référendum s'est traduit par des pertes territoriales importantes pour les Kurdes. En rétorsion, les forces irakiennes ont en effet repris la riche province pétrolière de Kirkouk et d'autres territoires que les Kurdes contrôlaient de facto même s'ils étaient hors des limites officielles de leur région.

Aujourd'hui, dans la région autonome, les deux grands partis traditionnels tentent de mobiliser les électeurs, démoralisés par la défaite ayant suivi le référendum où le oui l'avait largement emporté.

A Erbil, son fief, le Parti Démocratique du Kurdistan (PDK) de Massoud Barzani --initiateur du référendum-- fait campagne pour la défense des intérêts kurdes au Parlement de Bagdad.

- "Protéger l'avenir" -

Ses affiches proclament: "Soyons fortement représentés à Bagdad pour défendre notre référendum".

Dans la ville voisine, à Souleimaniyeh, son rival l'Union Patriotique du Kurdistan (fondée par Jalal Talabani décédé l'an dernier) insiste aussi sur la nécessité de mettre son bulletin dans l'urne: "Votre vote protège l'avenir du Kurdistan", "Votons pour un avenir solide en faveur du droit à l'autodétermination".

Mais ces deux formations, qui ont dominé la vie politique durant un demi-siècle, sont à couteaux tirés, et leurs challengers, Goran et la Nouvelle génération, les accablent de tous les maux.

Le PDK fustige la "traitrise" de l'UPK et les "divisions".

"Nous pensons que Kirkouk a été occupée (par les forces de Bagdad) à cause de la trahison de certains membres de l'UPK. Et pour ces élections, nous n'avons jamais eu de réponse quand nous avons proposé un liste kurde unie dans tout le pays", assure à l'AFP Khosro Kuran, un dirigeant du PDK.

Au contraire, répond Saadi Bireh membre du Bureau politique de l'UPK, la situation actuelle est la faute du parti rival. "Ce que disent certains dirigeant du PDK reflète leur indécence politique car au lieu de nous considérer comme des adversaires, ils nous voient comme des ennemis".

Selon lui, c'est le PDK qui a décidé de faire cavalier seul dans les trois provinces du Kurdistan et de boycotter le scrutin à Kirkouk après le refus de plusieurs listes de faire alliance avec lui dans les "zones disputées".

Résultat: 77 listes et 503 candidats pour 46 sièges dans les provinces d'Erbil, Souleimaniyeh et Dohouk, officiellement constitutives de la région autonome.

- Pertes -

Dans le Parlement central précédent, les partis kurdes disposaient de 62 sièges car ils avaient des députés élus à Kirkouk, à Ninive, à Diyala et Bagdad. Ce nombre leur permettait de jouer un rôle pivot.

"La perte de Kirkouk est un moment majeur dans l’histoire de l'Irak post-Saddam Hussein. Pour les Kurdes, la ville de Kirkouk n’était pas seulement une source de pétrole, mais aussi un capital humain au sens électoral", souligne Adel Bakawan, directeur général du centre de sociologie du Kurdistan à l'université de Soran, près d'Erbil.

Pour lui, depuis la reprise des zones disputées par Bagdad, "les rapports de force ont changé en défaveur des Kurdes. Il est difficile d’avancer des chiffres exacts, cependant, la perte de quelques sièges est une évidence", ajoute ce chercheur.

Le responsable du PDK Khosro Kuran partage ce pessimisme.

"Nos candidats sont harcelés dans la plaine de Ninive. Contrairement aux élections de 2014, il n'y aura pas de participation dans les territoires kurdes hors de la région autonome en l'absence de forces de sécurité kurdes pour protéger nos électeurs", dit-il.

Autre revers pour les partis traditionnels, des Kurdes se présentent pour la première fois sur des "listes arabes" dans la région autonome.

Gergis Koli Zadeh, chef de la liste du Premier ministre irakien Haider al-Abadi à Erbil, justifie son choix. "La liste n'est pas seulement arabe car les Kurdes y sont bien représentés. Elle peut résoudre les problèmes économiques et politiques de la région car le Premier ministre sait se montrer flexible", explique ce Kurde.

Mais le coup de grâce a été porté par Moustafa Cheikh Kawa. Le petit-fils du légendaire roi des Kurdes se présente sur la liste du chef chiite Amar al-Hakim.

"C'est une liste irakienne. Notre but est de servir le peuple du Kurdistan", assure un de ses proches Saed Hisa Barzinji

Héros de la lutte contre l'occupation britannique, cheikh Mahmoud Hafid Barzinji avait établi un Etat Kurde entre 1920 et 1922, et s'était déclaré roi.

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