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Irak: l'autorité de l'Etat indispensable à la sécurité des Yazidis

(Belga) L'Etat irakien doit réaffirmer son autorité face aux milices dans la région de Sinjar (nord-ouest) pour permettre le retour des Yazidis, minorité martyrisée par le groupe Etat Islamique (EI), estime mardi International Crisis Group.

Cette région proche de la frontière avec la Syrie avait été prise à l'été 2014 par les djihadistes qui y ont commis des atrocités contre sa population yazidie, des Kurdophones adhérant à une religion ésotérique monothéiste. "Seul le retour effectif de l'Etat irakien, jouant le rôle de médiateur entre les différentes factions et réinstallant la gouvernance locale, peut stabiliser pleinement Sinjar, ouvrir la voie à la reconstruction, permettre la retour des déplacés et mettre fin à l'ingérence étrangère", note l'ONG dans un rapport intitulé "Gagner la bataille post-EI par l'Irak à Sinjar". Sur les 550.000 Yazidis en Irak avant la percée jihadiste, près de 100.000 ont quitté le pays et d'autres se sont réfugiés notamment au Kurdistan irakien. "Beaucoup de ses membres ont été tués, kidnappés, violés, réduits à l'esclavage et les survivants ont fui vers des camps" au Kurdistan, relève International Crisis Group, ONG basée à Bruxelles. Selon l'ONU, des milliers de femmes et d'adolescentes, en particulier celles issues de la minorité yazidie, ont subi des abus horribles dans des zones contrôlées par l'EI, tels que des viols, enlèvements, esclavage et traitements inhumains. "Les efforts croissants pour chasser l'EI de Sinjar, commencés en novembre 2015, ont permis le retour de la paix mais n'ont pas rétabli la situation économique et politique", affirme l'ONG dans ce rapport. Selon Crisis Group, après l'invasion de l'Irak conduite par les États-Unis en 2003, le pouvoir réel à Sinjar est revenu au Parti démocratique kurde (PDK) "qui n'a pas caché son ambition, à laquelle étaient opposés les Yazidis, d'annexer Sinjar au Kurdistan". Le PDK est devenu impopulaire quand il a retiré ses forces de Sinjar lors de l'offensive djihadiste. Il a été remplacé par le PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan) turc qui, avec l'aide de l'aviation de la coalition internationale, a chassé l'EI. Le PDK et le PKK se sont partagés cette région jusqu'en octobre lorsque les forces paramilitaires du Hachd al-Chaabi, constituées en majorité de milices chiites, les en ont chassés. Crisis Group estime que désormais "Bagdad devrait utiliser les membres de l'administration locale mise en place par le PDK (...) car ils ont les compétences nécessaires pour restaurer les institutions à Sinjar". Cette ONG propose en outre que, par le biais de la Commission de réconciliation nationale, une institution autonome dépendant du gouvernement, "Bagdad ouvre la voie au retour des autorités locales et administratives composées de Yazidis, qui facilitera l'aide internationale à la reconstruction et améliorera les perspectives du retour des déplacés". Selon Crisis Group, "la renaissance des institutions locales sous l'autorité formelle de Bagdad, mais avec une grande autonomie prévue dans la Constitution", est nécessaire pour assurer l'avenir des Yazidis dans la région de Sinjar. (Belga)

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