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Irak: tractations sur l'avenir du Premier ministre conspué par les manifestants

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Les tractations se sont intensifiées mercredi en Irak au sujet du sort du Premier ministre Adel Abdel Mahdi conspué par les manifestants lors d'un mouvement de contestation inédit marqué par des violences qui ont fait plus de 250 morts.

Alors que des milliers d'Irakiens étaient rassemblés dans la nuit sur la place Tahrir à Bagdad malgré les tirs de grenades lacrymogènes, une roquette s'est abattue dans la Zone verte proche, à proximité de l'ambassade des Etats-Unis, tuant un soldat irakien et en blessant trois, selon des sources de sécurité.

Le tir, qui n'a pas été revendiqué, intervient quelques jours après des tirs sur une base militaire en Irak où sont stationnés des soldats américains.

A Bagdad et dans des villes du Sud, les manifestants surveillent les manoeuvres politiques, prévenant qu'ils n'accepteront rien de moins que le départ de l'ensemble de la classe politique, jugée inapte et corrompue.

Le chef des paramilitaires pro-Iran du Hachd al-Chaabi Hadi al-Ameri et l'influent leader chiite Moqtada Sadr, qui avaient semblé décidés à "travailler ensemble" à faire tomber M. Abdel Mahdi, divergeaient de nouveau.

Ces chefs des deux principaux blocs au Parlement avaient amené au pouvoir M. Abdel Mahdi il y a un an.

Sur Twitter, Moqtada Sadr a laissé entendre que M. Ameri, reçu la veille par le président Barham Saleh et le chef du Parlement Mohammed al-Halboussi, estimait désormais qu'"une démission d'Abdel Mahdi aggraverait la crise".

Il a pressé M. Ameri de pousser à la démission du Premier ministre sous peine de "transformer l'Irak en Syrie ou en Yémen", deux pays où des révoltes ont tourné à la guerre civile.

- Séance parlementaire jeudi -

L'ayatollah Ali Khamenei, Guide suprême d'Iran, puissance agissante en Irak, a mis en garde contre "le vide" dont ne sortirait "aucune action positive".

Le sort de M. Abdel Mahdi, 77 ans, un indépendant sans base partisane ni populaire, est entre les mains du Parlement. Les députés sadristes "ont rassemblé les 65 voix nécessaires pour convoquer le Premier ministre", a affirmé l'un d'eux, Salam Hadi, à l'AFP. "Nous espérons qu'il sera présent à la séance parlementaire de demain (jeudi)".

"Ils vont remplacer Abdel Mahdi par quelqu'un d'autre qui sera pareil", a lancé Athir Malek, un homme de 39 ans venu du Sud pour manifester sur la place Tahrir.

"On veut récupérer le pays qu'ils nous ont volé", a dit Hussein Nouri, un autre manifestant âgé de 55 ans.

"C'est à cause d'eux qu'on manque d'écoles et d'hôpitaux. Il faut qu'ils démissionnent tous et que soit formé un gouvernement de salut national", renchérit Alaa Khdeir, 63 ans.

Depuis le début de la contestation le 1er octobre, les manifestants n'ont cessé de répéter qu'ils refusaient toute récupération politique de leur mouvement car ils veulent renouveler la totalité de la classe politique.

Il faut aussi, disent-ils, en finir avec le compliqué système de répartition des postes par confession ou par ethnie, rongé par le clientélisme et qui tient toujours à l'écart les jeunes, pourtant majoritaires dans la population.

Pour eux, il faut une nouvelle Constitution et surtout que les "gros poissons" de la corruption rendent l'équivalent de deux fois le PIB de l'Irak, une somme évaporée depuis la chute de Saddam Hussein en 2003 dans un pays présenté comme l'un des plus corrompus au monde.

- "Pause"? -

A Tahrir, les manifestants n'ont jamais été aussi nombreux. Ils plaident pour continuer ce premier mouvement social spontané.

La première semaine de contestation, du 1er au 6 octobre, s'est soldée par la mort, officiellement, de 157 personnes, surtout des manifestants abattus par des tireurs que l'Etat n'a toujours pas identifiés ou arrêtés.

Le mouvement a repris le 24 octobre après près de trois semaines d'interruption. Cent personnes ont été tuées depuis, selon un bilan officiel.

Ces derniers jours, il y a eu des manifestations monstres dans la liesse et des piquets de grève qui ont paralysé universités, écoles et administrations. Des violences nocturnes ont toutefois eu lieu contre des QG de partis et de milices.

La démission ou le limogeage de M. Abdel Mahdi serait "vu comme un tournant par les manifestants", affirme à l'AFP Maria Fantappie, du centre de réflexion International Crisis Group. Mais cela pourrait marquer "une pause" plutôt qu'une "fin du mouvement".

Surtout, dit-elle, "un scrutin à venir avec la même loi électorale amènerait les mêmes visages au Parlement (...)", alors que les membres de l'actuelle assemblée s'accusent d'allégeance à l'Iran, aux Etats-Unis, à l'Arabie saoudite ou à la Turquie, entre autres.

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