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Irak: Mossoul, la ville aux "deux printemps", célèbre de nouveau les beaux jours

Le premier festival du printemps a retrouvé droit de cité à Mossoul: après 16 ans d'absence et sous un beau soleil, des banderoles fixées sur des chars en carton-pâte le proclament dans la bonne humeur.

Devant une foule compacte, des petites filles en robe de tulle roses et blanches dansent tandis que défilent des hommes en tenue traditionnelle ou militaire sous une nuée de drapeaux irakiens.

Alors que passe un char, sur lequel une inscription célèbre Mossoul "paradis de l'Irak", Akram Ahmed, 54 ans, observe le défilé avec ses quatre enfants.

"Dans les années 1970 et 1980, je venais déjà chaque année" au festival du printemps, raconte-t-il à l'AFP. "C'était une grande fête qu'on attendait longtemps à l'avance", se souvient-il.

Les festivités --qui duraient à l'époque huit jours-- ont été lancées en 1969 au tout début du règne du parti Baas de l'ancien dictateur Saddam Hussein. Chaque année, Mossoul, surnommée en arabe la ville "des deux printemps", célébrait le retour des beaux jours, reprenant une vieille tradition assyrienne.

Mais, rappelle Chamel Mohammed Dhaker, responsable local en charge de l'organisation de l'édition 2018, "le dernier festival a eu lieu en 2002, en présence d'Ezzat al-Douri", sulfureux vice-président du Conseil de Commandement de la révolution à l'époque de Saddam Hussein toujours en fuite.

L'année suivante, l'invasion emmenée par les États-Unis renversait le dictateur et Mossoul, dont étaient originaires nombre des dignitaires de son régime, entrait dans un cycle de violences avant de passer totalement sous le contrôle des jihadistes.

- "Pas lieu d'être" -

Le retour du festival intervient dix mois presque jour pour jour après l'annonce officielle de la "libération" du groupe État islamique (EI) qui avait imposé une ambiance mortifère sur la ville.

Pour l'occasion, 38 chars en carton-pâte, représentant le minaret penché surnommé par les habitants de Mossoul "la bossue" (Al-Hadba) détruit à l'été 2017 ou la porte d'Ishtar babylonienne, ont défilé au son de chants patriotiques et folkloriques.

Depuis l'estrade, Nawfel Soultan, le gouverneur de la province de Ninive dont Mossoul est le chef-lieu, assiste aux festivités. "Ce festival envoie le message au monde entier que Ninive est en pleine renaissance", dit-il.

Au milieu des célébrations dans la ville, dont le centre historique a été réduit à néant, Amr Ismaïl, 26 ans, n'a, lui, pas le coeur à la fête.

"Vu les conditions de vie des gens, leur moral au plus bas alors qu'ils continuent de sortir les corps de leurs proches des décombres, un festival n'a pas lieu d'être", estime-t-il.

"Les gens ont perdu leur maison et tous leurs biens et l'Etat ne leur a donné aucune compensation, ils auraient mieux fait de distribuer l'argent dépensé pour tout ça aux familles sinistrées."

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