Irak: une jihadiste française condamnée, libérée et expulsable

Irak: une jihadiste française condamnée, libérée et expulsable
Mélina Bougedir, une jihadiste française arrive dans un tribunal de Bagdad, son fils dans les bras, le 19 février 2018STRINGER

La justice irakienne a ordonné lundi la libération et l'expulsion d'une jihadiste française qu'elle a condamnée à sept mois de prison, un verdict qui tranche avec sa sévérité contre les accusés d'appartenance au groupe Etat islamique (EI).

Mélina Bougedir, 27 ans, dont la peine est couverte par sa détention préventive, restera toutefois en détention jusqu'à ce que ses documents de sortie soient établis, a indiqué une source judiciaire après le verdict de la Cour pénale centrale de Bagdad.

La jeune femme, condamnée pour "entrée illégale en Irak", et non en vertu de la loi antiterroriste, avait été arrêtée cet été à Mossoul, ancien bastion de l'EI dans le nord du pays, avec ses quatre enfants dont trois ont déjà été rapatriés.

A l'annonce du verdict, la Française a souri de joie.

Elle a été plus chanceuse qu'une jihadiste allemande d'origine marocaine, condamnée à mort en janvier pour "soutien logistique et aide à une organisation terroriste", ou encore qu'une ressortissante turque qui a écopé dimanche de la peine capitale devant le même tribunal qu'elle.

Vêtue d'une robe noire et d'une veste grise, coiffée d'un foulard mauve à motifs, Mélina Bougedir est entrée dans la salle d'audience en tenant dans ses bras son fils, un blondinet habillé d'un blouson rose.

Face au président, la jeune femme a répondu calmement en arabe qu'elle était "Française", "femme au foyer" à Mossoul et qu'elle était entrée en Irak "en octobre 2015".

"Je suis entrée en Syrie avec mon passeport français mais Daech (acronyme en arabe de l'EI) me l'a pris. Je suis restée quatre jours en Syrie puis je suis venue à Mossoul avec mon mari et mes quatre enfants", a-t-elle expliqué.

- 'Elle restait à la maison' -

L'accusée a aussi affirmé que son mari, "Maximilien", était "cuisinier chez Daech" et qu'il avait été tué lors de la bataille de Mossoul, la deuxième ville d'Irak, reprise aux jihadistes en juillet après neuf mois de combats.

Le président lui a alors demandé si elle regrettait ce qu'elle a fait. "Oui", a-t-elle répondu en français avant de se reprendre en arabe: "Naam".

Il lui a ensuite demandé si elle avait un avocat et, devant sa réponse négative, lui en a commis un d'office.

Ce dernier s'est borné à expliqué que l'accusée "était jeune" et qu'elle "n'avait pas participé à des acte de violence". "Elle restait à la maison", a dit l'avocat.

Le président a alors pris la parole, s'adressant à elle: "Tu vas être condamnée en vertu de la loi sur les étrangers de 2017 car tu es rentrée sur le territoire irakien sans visa des autorités".

"Ta peine sera de 7 mois de prison et puisque tu es en prison depuis depuis sept mois, tu va être libérée immédiatement (...)".

- 'Peine de mort' -

Les autorités irakiennes ont proclamé en décembre la victoire militaire contre l'EI, qui avait fait trembler l'Irak pendant trois ans après s'être emparé du tiers du territoire.

Elles n'ont jamais indiqué le nombre de jihadistes faits prisonniers pendant la contre-offensive pour chasser l'EI des centres urbains.

Mais selon des commandants irakiens et kurdes, des centaines de jihadistes se seraient rendus et des milliers d'autres seraient parvenus à se faufiler parmi les déplacés ou à rester sur place en retournant à la "vie civile".

Dimanche, devant la même cour pénale de Bagdad, une Turque a écopé de la peine capitale tandis que dix autres ainsi qu'une Azérie ont été condamnées à la prison à vie pour appartenance à l'EI.

Âgées de 20 à 50 ans, elles avaient été arrêtées à Mossoul ou à Tal Afar, autre bastion de l'organisation extrémiste dans le nord de l'Irak.

Elles ont été condamnées sur la base de l'article 4 de la loi antiterroriste stipulant que "toute personne qui commet, incite, planifie, finance ou assiste des actes de terrorisme sera punie d'une peine allant de 15 ans de prison à la peine de mort ".

Selon une source de sécurité, 509 étrangères, dont 300 Turques sont détenues en Irak avec 813 enfants.

Quelques dizaines de Français soupçonnés d'avoir été membres de l'EI se trouvent actuellement dans des camps ou des prisons en Irak et en Syrie avec plusieurs dizaines de mineurs, d'après une source proche du dossier.

Une jihadiste française de 28 ans est actuellement détenue à Bagdad avec sa fille, née sur place, dans l'attente d'un procès.

Fin janvier, ses avocats français avaient alerté le président Emmanuel Macron sur le fait qu'elle risque la peine capitale.

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