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Israël: des appels à "vivre ensemble" après les violences dans la ville judéo-arabe de Lod

 
 

A Lod, ville "mixte" du centre d'Israël qui a été le théâtre de violents affrontements communautaires ces dernières semaines, des habitants juifs et arabes tentent de rétablir le dialogue même si pour certains "rien ne sera plus comme avant".

Des habitants bouleversés par ces violences ont mis sur pied le groupe WhatsApp "Pashut Dai" ("Ca suffit" en hébreu) qui rassemble une centaine de personnes, Arabes et Juifs, dont Pnina Rintsler, une dramaturge qui a fondé un théâtre dans cette ville située près de Tel-Aviv.

"Nous sommes tous tristes après ce qu'il s'est passé", confie Pnina, longs cheveux bruns et bouclés. "Mais il faut qu'on se parle pour ne plus avoir peur les uns des autres", poursuit cette femme juive de 42 ans.

Début mai, dans cette cité populaire de 80.000 habitants, la tension est montée entre jeunes Arabes et des groupes de Juifs dans la foulée de heurts opposant police israélienne et Palestiniens à Jérusalem et au début du conflit entre Israël et le mouvement islamiste palestinien Hamas, au pouvoir dans la bande de Gaza.

Fusillades, voitures en flammes, commerces saccagés, synagogues incendiées: un Arabe et un Juif sont morts à Lod. Et les violences ont gagné d'autres villes judéo-arabes du pays comme Acre ou Ramle, pourtant souvent portées en étendard de la cohabitation.

- "Voisins" -

"Je n'aurais jamais imaginé qu'on puisse en arriver là", se désole Ikram Mansour, 48 ans. "On a grandi ensemble Arabes et Juifs, on vit dans les mêmes immeubles", raconte cette mère de famille arabe qui a rejoint le groupe WhatsApp dans l'espoir de raviver la flamme de la coexistence.

Les Arabes israéliens, qui représentent environ 20% de la population israélienne et environ un tiers de celle de Lod, sont les descendants des Palestiniens restés sur leurs terres à la création d'Israël en 1948.

Des observateurs ont attribué le récent accès de violence à un élan de solidarité de cette communauté avec les Palestiniens de Gaza et de Jérusalem-Est, territoire occupé et annexé par Israël depuis 1967.

"Il y a toujours eu des tensions entre les communautés dans les villes mixtes", relève Amnon Be’eri-Sulitzeanu, codirecteur d'Abraham Initiatives, une association basée à Lod qui œuvre au rapprochement entre Juifs et Arabes israéliens.

"Mais sans entraver jusque-là les relations plutôt cordiales entre voisins", explique-t-il. "Cette fois, c'est monté d'un cran".

Selon Thabet Abou Rass, un Arabe israélien qui codirige l'association, des facteurs endogènes ont accru ces tensions, notamment l'implantation ces dernières années de groupes de juifs nationalistes, accusés par les Arabes de Lod de chercher à "judaïser" la ville.

Dans la foulée des évènements qui ont embrasé les villes mixtes, l'organisation a lancé une campagne nationale prônant le "vivre ensemble".

Des photos montrant Juifs et Arabes complices dans la vie de tous les jours sont diffusées dans la presse écrite et dans des spots vidéos sur les réseaux sociaux et à la télévision.

Mais pour faire progresser l'égalité entre Juifs et Arabes qui se disent fréquemment victimes de discrimination, une campagne d'affichage ne suffit pas insiste M. Abou Rass. "Il faut mettre en place des politiques publiques plus inclusives", qui prennent davantage en compte la minorité arabe, dit-il.

- "Rétablir la confiance" -

A Lod, le calme est revenu mais la plaie reste ouverte et des signes des violences sont encore tangibles comme les traces d'incendie sur les trottoirs du quartier de Ramat Eshkol.

"On a traversé une période difficile, mais c'est tranquille maintenant", confie Adil Nofal, 17 ans. Le lycéen arabe, qui vit dans un immeuble jauni, typique de ce quartier défavorisé, dit aimer "la ville, ses gens et sa mixité".

"Mes voisins juifs sont comme des frères", lance-t-il. Mais pour Tsour, un passant juif d'une cinquantaine d'années, "rien ne sera plus comme avant".

"Avant j'achetais des pitas dans les boulangeries arabes et je mangeais très souvent dans leurs restaurants, mais là je n'en ai plus envie, quelque chose est cassé", dit-il.

Pour Pnina, qui a animé cette semaine un groupe de parole des membres du groupe Whatsapp, "ça ne sert à rien de s'accuser mutuellement et de chercher à savoir qui a commencé".

"Il faut voir comment on avance", dit-elle, ajoutant songer à monter une pièce réunissant Juifs et Arabes. "Mais si on ne se parle pas, on ira nulle part (...) c'est le seul moyen de rétablir la confiance".




 

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