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Le procureur général d'Israël a l'intention d'inculper Netanyahu pour corruption

Le procureur général d'Israël a l'intention d'inculper Netanyahu pour corruption
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu s'exprime lors d'une déclaration télévisée le 28 février 2019 à sa résidence à Jérusalem pour dénoncer comme relevant d'une "chasse aux sorcières" la Gali TIBBON
ISRAEL

Le procureur général israélien a informé jeudi, en pleine campagne électorale, le Premier ministre Benjamin Netanyahu de son intention de l'inculper et de le faire juger pour corruption, fraude et abus de confiance.

Le magistrat, Avichaï Mandelblit, a indiqué que sa décision n'était pas "finale" et qu'il offrait au Premier ministre la possibilité de s'expliquer devant lui avant de prendre la décision définitive de le renvoyer devant un tribunal, selon le ministère de la Justice.

Bien qu'anticipée depuis des semaines, la décision d'Avichaï Mandelblit, 40 jours avant les législatives anticipées du 9 avril, est cependant susceptible de changer la donne électorale et menace le long règne de "Bibi" qui, à 69 ans et après bientôt 13 ans de pouvoir, brigue un cinquième mandat.

S'il était reconduit à son poste et inculpé, M. Netanyahu serait le premier chef de gouvernement en exercice à connaître une telle avanie dans l'histoire d'Israël.

Le Premier ministre a dénoncé une "chasse aux sorcières" et un plan de ses adversaires, y compris ses principaux challengers centristes assimilés à des "gauchistes", qui auraient fait pression sur le procureur général pour renverser son gouvernement de droite.

"Ce château de cartes s'écroulera totalement après les élections", a dit M. Netanyahu en refoulant difficilement son émotion à l'évocation des épreuves endurées selon lui par sa famille.

"J'ai l'intention de continuer à vous servir en tant que Premier ministre pendant encore de nombreuses années", a-t-il assuré dans une intervention télévisée en prime time.

- Appels à la démission -

M. Mandelblit a l'intention d'inculper M. Netanyahu pour corruption, fraude et abus de confiance dans le "dossier 4000", considéré comme le plus grave pour le Premier ministre.

Le Premier ministre y est soupçonné d'avoir tenté de s'assurer une couverture favorable de la part du site d'informations Walla, en contrepartie de facilités réglementaires gouvernementales qui pourraient avoir rapporté des centaines de millions de dollars à Bezeq, principal groupe de télécommunications israélien.

M. Mandelblit compte par ailleurs inculper M. Netanyahu pour fraude et abus de confiance dans deux autres dossiers.

Le parti de droite de M. Netanyahu, le Likoud, a dénoncé une "persécution politique".

Benny Gantz, tête de la liste centriste représentant la menace électorale la plus sérieuse pour M. Netanyahu, a succédé à ce dernier sur les plateaux de télévision pour le presser de partir.

“Benjamin Netanyahu, je me tourne vers vous ce soir pour vous exhorter à faire preuve de sens des responsabilités nationales et à démissionner", a-t-il dit. Le parti travailliste (opposition) a également réclamé la démission du Premier ministre.

Une inculpation, si elle se concrétisait, ne devrait pas intervenir avant plusieurs mois. M. Netanyahu ne serait donc pas inculpé avant les législatives. Il ne serait pas non plus tenu légalement de démissionner s'il était inculpé après avoir été reconduit à son poste.

Mais une telle décision du procureur général enfonce davantage la campagne dans l'incertitude.

Après avoir enquêté depuis fin 2016, interrogé M. Netanyahu à plusieurs reprises et entendu une multitude de témoins et de suspects, la police a recommandé en 2018 son inculpation ans trois dossiers distincts touchant à des échanges de bons procédés entre gouvernants et patrons, des dons présumés de champagne et de cigares ou une tentative de collusion avec la presse.

M. Netanyahu n'a cessé de proclamer son innocence.

- L'accolade de Trump -

Le Premier ministre israélien a reçu jeudi le soutien de son grand allié, le président américain Donald Trump.

"Ce que je peux dire, c'est qu'il a fait un excellent travail en tant que Premier ministre", a dit M. Trump, à l'issue d'un sommet à Hanoï avec le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un.

M. Netanyahu n'est pas encore inculpé. Mais la question est ouvertement posée: aussi dominante que soit la figure de M. Netanyahu, les électeurs prendront-ils le risque qu'il soit reconduit alors que l'inculpation le guette ?

Le tort causé à la campagne de M. Netanyahu n'est pas acquis, et les prochains sondages seront scrutés attentivement.

M. Netanyahu et le Likoud restent favoris des sondages. Le risque toutefois, c'est qu'un certain nombre d'électeurs moins irréductibles du Likoud préfèrent porter leur suffrage sur le centre.

Le Likoud ne perdrait peut-être que quelques sièges. Mais c'est tout le bloc de droite sur lequel M. Netanyahu entend construire une coalition gouvernementale qui se trouverait affaibli.

Devant un tel danger, M. Netanyahu a accusé les enquêteurs de faire pression sur les témoins contre lui. Il s'est prévalu de sa stature internationale et de ses relations avec les présidents Vladimir Poutine et Donald Trump pour se poser en meilleur garant des intérêts de son pays.

La plupart des partis de droite ont dit maintenir leur soutien à M. Netanyahu pour rester Premier ministre après les élections.

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