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Israël: une attaque palestinienne surgit au coeur de la campagne électorale

ISRAEL

Un deuxième Israélien a succombé à ses blessures lundi au lendemain d'une attaque imputée à un Palestinien en Cisjordanie occupée, un acte de violence qui a fait irruption dans la campagne pour les législatives du Premier ministre Benjamin Netanyahu et de ses rivaux.

L'un des soutiens les plus loyaux de M. Netanyahu, sa ministre de la Culture, a excité encore un peu plus les passions dans cette campagne déjà acrimonieuse en se servant de l'attaque le jour même contre le principal adversaire du Premier ministre, Benny Gantz.

Lundi, alors que les familles enterraient leurs morts, M. Netanyahu a paru soucieux de ne pas se mêler à la querelle. Mais, dans une campagne où la sécurité et la défense des colonies forment un enjeu de poids, il a invoqué la Bible pour déclarer qu'Israël continuerait à construire en territoire occupé.

"Ces terroristes ne nous déracineront pas de cette terre, bien au contraire", a-t-il martelé sur les lieux de l'attaque. "Plus ils nous opprimeront, plus nous nous multiplierons et nous étendrons", a-t-il ajouté en détournant un verset du Livre de l'Exode.

M. Netanyahu a souligné que commencerait mardi la construction de 840 logements à Ariel.

La famille d'un rabbin avait peu auparavant annoncé la mort de cet homme de 47 ans, à la suite des blessures infligés lors de l'attentat commis la veille près de la colonie d'Ariel.

Ahiad Ettinger, père de 12 enfants, a réussi avant de mourir à se servir de l'arme qu'il détenait, comme de nombreux colons, pour tirer sur l'assaillant, a dit sa famille dans un communiqué.

- Chasse à l'homme -

Un soldat de 19 ans, le sergent Gal Keidan, auquel l'assaillant avait pris son fusil, est mort le jour même dans l'attaque. Un autre soldat a été gravement blessé.

L'assaillant a réussi à prendre la fuite. Les forces israéliennes ont engagé une chasse à l'homme pour retrouver celui qu'elles ont identifié comme Omar Amin Abou Laïla, 19 ans, de la localité d'Az-Zawiya, pas très loin d'Ariel.

M. Netanyahu a assuré que les forces israéliennes étaient sur les talons d'Abou Laïla, qui aurait été blessé dans l'attaque, selon la presse.

Le Premier ministre a par ailleurs indiqué avoir ordonné de détruire la maison de l'assaillant, pratique israélienne commune bien que controversée.

Cette attaque est le dernier acte de violence anti-israélienne en Cisjordanie, territoire occupé depuis plus de 50 ans par Israël, où environ 400.000 colons coexistent de manière souvent conflictuelle, sous la protection des forces israéliennes, avec plus de 2,5 millions de Palestiniens.

De telles attaques, à des fréquences variables, rappellent la persistance d'un des plus vieux conflits de la planète, avec un horizon de règlement diplomatique qui aura rarement paru plus bouché.

Malgré la lassitude prêté à l'électorat israélien devant l'apparente impossibilité d'une solution, le conflit avec les Palestiniens a montré ces derniers jours qu'il continuait à accaparer l'énergie du Premier ministre.

A moins d'un mois des législatives du 9 avril, qui décideront de son avenir, M. Netanyahu, au pouvoir depuis une décennie, a été confronté la semaine passée à un nouvel accès de fièvre dans la bande de Gaza entre l'armée israélienne et le Hamas qui gouverne l'enclave éprouvée.

- "Pas près de disparaître" -

Il doit aussi gérer les tensions récentes autour de l'ultra-sensible Esplanade des Mosquées à Jérusalem.

Dimanche, une fidèle parmi les fidèles, la ministre de la Culture Miri Regev, a échauffé les esprits en se saisissant de l'attaque d'Ariel pour cogner sur la liste centriste "Bleu-blanc" de l'ancien chef d'état-major Benny Gantz, principal rival du Premier ministre.

Elle a de nouveau brandi le spectre d'une majorité de blocage que formerait "Bleu-blanc" avec les listes arabes et qui "mènerait à davantage d'attaques terroristes" comme celle d'Ariel.

Les leaders de "Bleu-blanc" se sont étranglés devant ce qu'ils ont qualifié d'exploitation "cynique" alors que "le sang des victimes (n'avait) pas encore séché".

Les petits partis à la droite du Likoud ont eux accusé M. Netanyahu de faiblesse face au Hamas et au terrorisme en Cisjordanie, et ont rivalisé de propositions jusqu'au-boutistes, réclamant l'annexion de la Cisjordanie ou l'expulsion des familles de "terroristes" vers la Syrie.

En pleine surenchère à droite, un sondage pour la télévision publique publié dimanche indiquait que le Likoud avait repris le dessus sur la liste "Bleu-blanc" en projections en sièges (31 contre 30 sur 120) et demeurait la mieux placée pour former une coalition de gouvernement.

Mais "le problème palestinien, que le gouvernement israélien s'est bien gardé de traiter dans sa globalité, n'est pas près de disparaître", a souligné le quotidien Maariv, pour qui le moindre incident peut produire "l'escalade".

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