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Jacinda Ardern sur un nuage à l'étranger, mais fragilisée en Nouvelle-Zélande

Bebe

Jacinda Ardern a certes séduit la planète en faisant entrer son bébé à l'ONU, bousculant ainsi les codes d'une institution tellement masculine. Mais en Nouvelle-Zélande, après un an au pouvoir, son état de grâce est bel et bien fini.

"La mondialisation de la Jacinda-mania", claironnait notamment The Spinoff, un site néozélandais consacré à la culture pop, en référence à ce néologisme désignant l'extraordinaire vague de popularité qui avait porté la dirigeante travailliste au pouvoir en 2017.

Inspiré, The Spinoff avançait même que Mme Ardern était vue comme "une lueur d'espoir dans notre monde tourmenté".

Force est d'admettre que la Première ministre, à la tête d'une nation de 4,5 millions d'âmes, a bénéficié d'une exceptionnelle couverture médiatique lors de son séjour à New York la semaine dernière.

Mme Ardern, 38 ans, a notamment séduit par sa décontraction lors des six minutes de son passage dans le talk show du commentateur et humoriste Stephen Colbert, sur CBS, en rappelant à cette occasion aux Américains que tous les dirigeants n'étaient pas comme Donald Trump, puis en s'étendant sur NBS sur son expérience de nouvelle mère de famille.

Il est évident qu'elle n'aurait pas bénéficié de cette bienveillance si elle n'était pas venue à sa première Assemblée générale de l'ONU accompagnée de sa fille Neve, née en juin.

- La parfaite "anti-Trump" -

Mme Ardern est la deuxième Première ministre de l'histoire à accoucher pendant son mandat, après Benazir Bhutto en 1990. Et la première à venir avec son poupon à la grand messe annuelle onusienne.

"Les images d'un bébé et de sa mère à l'Assemblée générale de l'ONU sont historiques", relève Bryce Edwards, politologue à l'Université de Victoria, en Australie.

Entrer dans le vaste hémicycle de l'ONU avec son compagnon, Clarke Gayford, et leur fillette a probablement fait plus que n'importe quel discours en faveur de l'égalité homme-femme, un des combats de la dirigeante de centre-gauche.

"Nous avons eu trois femmes au poste de Première ministre (en Nouvelle-Zélande). Ce n'est pas quelque chose d'exceptionnel", a-t-elle voulu relativiser lors d'un sommet de l'Unicef, déclenchant un tonnerre d'applaudissements.

Et finalement, cette image de Mme Ardern à la tribune de l'ONU pendant que son partenaire s'occupait de leur bébé a "montré ce qu'est la Nouvelle-Zélande", selon le commentateur néo-zélandais Martyn Bradbury.

Pour TVNZ, son appel à l'action contre le réchauffement climatique et son discours politique plein d'empathie ont fait d'elle la parfaite "anti-Trump".

Reste qu'en Nouvelle-Zélande, cette image progressiste qui avait indéniablement contribué à son ascension éclair vers le pouvoir a vécu. Nombre de ses initiatives politiques ont été sapées par l'un de ses encombrants partenaires de coalition.

L'attelage pourrait apparaître contre nature, mais Mme Ardern doit aussi sa fragile majorité de trois sièges aux élus du mouvement populiste New Zealand First (NZF).

- "Le chaos règne chez elle" -

Et, fort logiquement, le chef de file de cette formation, Winston Peters, 73 ans, n'a aucun scrupule à torpiller les mesures des travaillistes s'il les juge contraires aux intérêts de son électorat.

Mme Ardern a également dû balayer devant la porte des travaillistes en limogeant le mois dernier Meka Whaitiri, une ministre issue de son parti, qui aurait eu une altercation avec un membre de son équipe.

Ce départ, le second en quelques semaines, a ajouté à l'impression d'instabilité au sein de la coalition.

Andrea Vance, du Dominion Post, écrivait la semaine dernière que, pendant que la Première ministre est à l'étranger, "le chaos règne chez elle, essentiellement au sein-même de son gouvernement".

Bien sûr, ajoutait-elle, Mme Ardern ne risque pas d'être renversée dans l'immédiat, mais son état de grâce est terminé en Nouvelle-Zélande.

"Le monde politique est sordide", écrivait-elle. "Pensions-nous vraiment que le gouvernement Ardern ferait exception?"

Pour Claire Trevett, du New Zealand Herald, l'escapade new-yorkaise de la Première ministre lui aura permis de regoûter un peu à l'euphorie de 2017.

"En Nouvelle-Zélande, elle doit gérer les mêmes problèmes que n'importe quel Premier ministre mais à l'international, elle reste une bouffée d'air frais", écrit-elle.

"Quoi qu'en disent ses détracteurs ici, cela confère une grande influence à Ardern. Et si l'image de la Première ministre est bonne, alors celle de la Nouvelle-Zélande l'est aussi."

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