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Japon-France, une histoire d'amours

Au XIXe siècle, les impressionnistes avaient trouvé leur inspiration dans les estampes japonaises. Aujourd'hui, mangas, mode et gastronomie sont les portes d'entrée vers une nouvelle fascination: 160 ans après l'établissement des relations diplomatiques, les amours restent multiples entre la France et le Japon.

"Il y a six ans, j'ai commencé à lire le manga Fairy Tale, un classique": Claire Loisel, 18 ans, déambule en robe à froufrous digne de ses personnages préférés entre les meutes d'ados hystériques de la Japan Expo, premier événement dédié en Europe aux loisirs japonais qui vient de s'achever près de Paris.

"Mais maintenant, j'aime le Japon en général, les traditions, les innovations. J'aimerais tellement y aller...", explique-t-elle en rêvant, comme les 250.000 visiteurs de la Japan Expo, au milieu des stands "vivre au Japon", "étudier au Japon", "apprendre le japonais"...

"Oui, il y a une histoire d'amour entre la France et le Japon", estime Béatrice Quette, chargée des collections asiatiques au Musée des arts décoratifs, à Paris. Et elle remonte au XIXe siècle.

Après l'arrivée des Portugais et Néerlandais au XVIe, le Japon interdit tout lien avec l'étranger en 1639, craignant une invasion.

Durant plus de deux siècles, l'archipel se coupe du monde, avant que les Américains imposent l'ouverture en 1854.

Des relations diplomatiques sont signées avec la France en 1858, puis advient dix ans plus tard l'ère Meiji: après l'isolement volontaire, c'est l'ouverture totale vers l'étranger, faisant découvrir à l'Occident un pays jusqu'alors largement inconnu.

"Le Japon était mystérieux. Il y a donc eu une véritable fascination. On découvre le Japon de manière totalement frénétique", explique pour l'AFP Béatrice Quette.

Le compositeur français Debussy, le poète Baudelaire, les peintres Van Gogh, Monet, Degas: tous se sont dits influencés par la finesse des estampes qui affluent alors. L'impact sera tel qu'on parlera de "japonisme" pour décrire l'influence de la culture nippone.

"Le Japon est un merveilleux ouvre-boîte qui permet de faire exploser les cadres", explique Michaël Lucken, directeur du Centre des études japonaises à l'Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco, Paris). "Le Japon est un pays plus pluriel, car il n'est pas monothéiste. La ligne est libre. Ainsi en peinture, les Japonais peuvent mettre l'objet important dans un coin du tableau, et non au centre", explique-t-il.

En cette fin de siècle où les impressionnistes veulent s'affranchir des règles académiques, l'art japonais arrive "au bon moment", souligne Manuela Moscatiello, responsable des collections japonaises au Musée Cernuschi, à Paris.

- Goldorak pour baby-sitter -

Mais le japonisme n'a pas touché seulement les arts, comme le montre la fabuleuse saison culturelle qui s'ouvre jeudi en France et justement intitulée "Japonismes 2018", au pluriel.

"Le goût du Japon a touché tous les domaines", confirme Mme Moscatiello. "Les objets japonais envahissent Le Bon Marché (grand magasin parisien). Et un journal écrit en 1873 sur l'influence du Japon dans ... la confiserie".

L'art industriel en particulier sera largement influencé: au Japon, "même dans un objet quelconque, on peut trouver du grand art", explique Mme Moscatiello, citant l'historien de l'art Louis Gonse, qui écrivait en 1883: "Les Japonais sont les premiers décorateurs du monde".

"Le Japon a inventé les critères du design: il faut que ce soit beau et utile", confirme Mme Quette. La France va ainsi "s'engouffrer dans le style japonais". "Le japonisme faisait vendre".

La vague japonisante s'estompe lors des deux guerres mondiales mais "est remontée depuis les années 60", selon M. Lucken. "Aujourd'hui, la mode du Japon revient", confirme Mme Quette, "par la cuisine ou la mode, avec les nombreux stylistes comme Kenzo ou Yamamoto, ou encore les mangas", ajoute-t-elle.

"La France est le pays en Europe où l'engouement est le plus fort pour les mangas et les anime", films d'animation japonais, précise M. Lucken, grâce aux chaînes publiques Antenne 2 et France3 qui, au milieu des années 70, achetaient à tour de bras les anime car ils étaient "un tiers moins chers que les dessins animés français".

Des "générations entières" ont ainsi été biberonnées aux dessins animées japonais, en particulier le fameux Goldorak, dont on fête cette année les 40 ans en France.

Aujourd'hui, "l'engouement reste fort" pour la culture japonaise. "On aurait cru qu'avec les investissements massifs de la Chine dans la culture, le Japon allait décroître mais ce n'est pas le cas", estime M. Lucken.

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