Japon: le Premier ministre Abe se défend dans un scandale de favoritisme

Japon: le Premier ministre Abe se défend dans un scandale de favoritisme
Le Premier ministre japonais Shinzo Abe devant le Parlement, le 19 mars 2018 à TokyoKAZUHIRO NOGI

Le Premier ministre japonais Shinzo Abe s'est défendu lundi face aux accusations de favoritisme et de falsification de documents dans une transaction immobilière qui ont fait chuter sa popularité et affaiblissent son autorité.

Au cours d'une audition animée au Parlement, M. Abe a déclaré qu'il n'avait pas donné l'ordre à des fonctionnaires de modifier des documents officiels relatifs à la vente au rabais d'un terrain appartenant à l'Etat.

"Je n'ai jamais demandé de modifications", a-t-il déclaré.

Le scandale concerne un lot qui aurait été vendu au dixième de sa valeur de marché en 2016 au gérant d'un jardin d'enfants nationaliste. Une école primaire devait y être construite, et le directeur avait décidé de faire de l'épouse de M. Abe la directrice honoraire de l'établissement. Le Premier ministre avait ultérieurement déclaré que sa femme avait accepté le poste "à contrecoeur" et avait depuis "démissionné".

L'affaire, dans laquelle certains soupçonnent que des liens privilégiés en haut lieu du directeur du jardin d'enfants ont permis cette faveur, avait éclaté au grand jour l'an dernier. Elle est revenue récemment sur le devant de la scène avec la révélation de changements apparus dans des documents relatifs à la transaction.

Des extraits des documents originaux et de leur version modifiée publiés par des parlementaires d'opposition laissent apparaître que les noms de Shinzo Abe et de son épouse, Akie, ainsi que celui du ministre des Finances Taro Aso, ont été retirés. M. Aso a accusé "certains membres du personnel" d'être responsables des altérations.

"Pourquoi ce terrain a-t-il été vendu à un prix réduit? Sans pression politique cela ne pourrait jamais se passer et les électeurs sont très en colère", estime Jiro Yamaguchi, professeur à l'Université Hosei de Tokyo.

M. Abe a néanmoins affirmé lundi que, même au vu des documents originaux, rien n'indique une implication de sa part ou de la part de son épouse. "Si vous regardez les documents avant les modifications, il est clair qu'il n'y a aucune preuve que moi ou mon épouse aient été impliqués dans la vente de ce terrain public ou dans l'approbation de (la construction) de l'école", a-t-il déclaré.

L'opposition demande à présent que le Premier ministre tire toutes les conséquences du scandale. "C'est un problème qui mérite la démission de tout le gouvernement", a lancé un membre de la chambre haute Shoji Namba, en interrogeant lundi M. Abe au Parlement.

Le Premier ministre a réitéré ses excuses et a dit avoir un "sens aigu" de sa responsabilité face à un scandale qui a "ébranlé la confiance dans l'administration".

Cette affaire porte un coup à sa popularité et amenuise ses chances d'être réélu à la tête de son Parti libéral démocrate en septembre, une étape qui en ferait le Premier ministre japonais à la plus grande longévité.

Un nouveau sondage paru dans le quotidien Asahi Shimbun, pour lequel près de 2.000 personnes ont été appelées samedi et dimanche avec 905 réponses valides, montre une chute de 13 points de pourcentage à 31% de son taux d'approbation, le plus faible score depuis son arrivée au pouvoir fin 2012.

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