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Jeune tué à Nantes: les tensions s'apaisent dans les quartiers

La nuit de dimanche à lundi s'est déroulée dans le calme dans les quartiers dits "sensibles" de Nantes après plusieurs nuits de violences consécutives à la mort d'Aboubakar Fofana, tué par un policier lors d'un contrôle.

Un seul véhicule avait été incendié en milieu de nuit à Rezé, au sud de l'agglomération, selon la police, et aucun bâtiment dégradé.

Neuf personnes ont été placées en garde à vue, dont huit issues de la mouvance anticapitaliste pour avoir refusé de décliner leur identité, a précisé lundi la police. Trois poteaux supportant des caméras de vidéoprotection ont par ailleurs été sectionnés dimanche après-midi dans les quartiers du Breil et des Dervallières.

Ce bilan confirme la tendance à l'apaisement constaté dans la nuit de samedi à dimanche où 19 véhicules avaient brûlé, contre plusieurs dizaines les nuits précédentes.

Les trois premières nuits, plus d'une cinquantaine de voitures avaient à chaque fois été incendiées mais aussi de nombreux commerces et bâtiments publics dans toute l'agglomération, notamment des mairies annexes, maisons des habitants, lycée, école, etc.

A Paris dimanche, un collectif a mobilisé une centaine de personnes, scandant "vérité et justice pour Abou" et "police partout, justice nulle part", devant la gare du Nord, pour dénoncer un "racisme d’État".

"Faire des émeutes, ça ne sert à rien, mais on est là pour s'exprimer et dire que la police a encore commis une infraction et qu'il n'y a pas de justice", a déclaré à l'AFP Fissiaou Sambou, qui s'est présenté comme un ami d'enfance de la victime, originaire comme lui de Garges-lès-Gonesse, en région parisienne.

- "Population maltraitée" -

Alors que le chef de file des députés LR Christian Jacob, a déploré dimanche les dégradations de voitures et condamnait des violences "inadmissibles", le chef de La France insoumise Jean-Luc Mélenchon y a vu le "signe d'une exaspération". Il a évoqué une "population maltraitée" se trouvant "confrontée à des forces de l'ordre exténuées, trop armées, et (qui) en viennent à des gestes qu'ensuite toute la profession déplore".

La famille du jeune homme tué mardi soir par un CRS lors d'un contrôle a annoncé qu'elle se constituerait partie civile dès lundi et ses nouveaux avocats doivent tenir une conférence de presse à 14H30.

Le policier a été mis en examen vendredi pour "coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner" et remis en liberté sous contrôle judiciaire, conformément aux réquisitions du procureur de la République de Nantes, Pierre Sennès.

En garde à vue, le brigadier-chef a reconnu avoir menti lors de sa première audition libre où il a invoqué la légitime défense. Le CRS a indiqué "qu'en réalité il (avait) tenté de se pencher dans l'habitacle du véhicule conduit par le jeune pour saisir le volant et essayer d'arrêter la manœuvre" de fuite engagée par le conducteur, a relaté le procureur. Le coup de feu serait alors "parti accidentellement pour toucher mortellement le conducteur".

Aboubakar Fofana, sous le coup d'un mandat d'arrêt pour "vol en bande organisée, recel et association de malfaiteurs", a été touché au cou et est mort peu après à l'hôpital.

"C'est incompréhensible que le policier soit remis en liberté" sous contrôle judiciaire, a estimé Saïd, un responsable associatif habitant du Breil.

Même "incompréhension" pour le chef d'inculpation: "comment ça peut être un tir accidentel quand tu as sorti ton arme et déclenché la sécurité?", s'est-il interrogé, ajoutant: "on est en train de récolter des témoignages et personne n'a vu de prétendu corps-à-corps. Le policier était debout, mains tendues et a fait +boum+".

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