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Une semaine d'hommages aux Etats-Unis pour John McCain

Les Américains ont commencé dimanche à rendre hommage au sénateur républicain John McCain, décédé la veille, un pilote torturé pendant la guerre du Vietnam et candidat malheureux à la Maison Blanche qui incarnait aux yeux de beaucoup une politique moins brutale qu'à l'ère de Donald Trump.

Le sénateur de l'Arizona est mort à quelques jours de son 82e anniversaire dans son ranch près de Sedona, après treize mois de lutte contre un cancer du cerveau. Il avait sept enfants. Sa famille et sa seconde épouse, Cindy, étaient à ses côtés à la fin.

Le programme des cérémonies en sa mémoire a été annoncé dimanche, et inclut plusieurs jours d'hommages, d'abord dans l'Arizona, puis dans la capitale américaine.

Son cercueil sera d'abord présenté mercredi au capitole de l'Arizona, Etat qu'il a représenté plus de 35 ans au Congrès. Les habitants pourront s'y recueillir pendant plusieurs heures. Un premier office aura lieu jeudi dans une église baptiste locale.

Puis il sera transporté à Washington, où le cercueil sera présenté vendredi au public dans la rotonde du Capitole, un honneur réservé aux grands personnages de l'histoire des Etats-Unis, comme John F. Kennedy, Ronald Reagan, Rosa Parks et quelques illustres sénateurs.

Les funérailles nationales auront lieu samedi à la grande cathédrale de la capitale américaine, en présence de nombreux élus et dignitaires américains et étrangers.

Les anciens présidents Barack Obama et George W. Bush, un démocrate et un républicain, devraient prononcer des éloges funèbres, à sa demande, selon le New York Times. Plusieurs médias avaient rapporté il y a plusieurs mois que le sénateur avait expressément demandé à ce que Donald Trump ne participe pas.

L'enterrement, dans l'intimité familiale, aura lieu dimanche au cimetière de l'Académie navale d'Annapolis, à une heure à l'est de Washington. C'est là qu'il suivit sa formation de pilote de la marine, et qu'il rencontra l'ami à côté duquel il sera enterré, l'ancien amiral Chuck Larson.

- Trump silencieux -

Dans l'Arizona, son Etat d'adoption, des anonymes ont apporté dimanche des fleurs devant sa permanence parlementaire à Phoenix, ainsi que devant la maison funéraire où sa dépouille repose.

"Nous voulions rendre hommage à un grand patriote américain, un grand héros américain", dit l'un d'eux, Michael Wilson.

"Quelle épopée", avait écrit le sénateur dans des mémoires publiés en mai. "J'ai vécu de grandes passions, vu des merveilles, j'ai fait la guerre et contribué à la paix. Je me suis fait une petite place dans l'histoire de l'Amérique et l'histoire de mon époque", écrivait-il.

Son départ réduit temporairement la majorité républicaine au Sénat à 50 sièges contre 49 pour l'opposition démocrate. Le gouverneur de l'Arizona nommera un successeur après les funérailles, a-t-il fait savoir dimanche, en attendant un scrutin en 2020.

"Patriote", "héros", "combattant", "non conformiste": les hommages rendus par l'ensemble de la classe politique du pays avaient pour point commun la carrière de l'homme au service de la nation.

Un hommage, pourtant, manque à l'appel: celui du président actuel des Etats-Unis.

Donald Trump --John McCain avait dit en 2016 qu'il ne voterait pas pour lui, ne cachant pas son mépris pour lui-- a tweeté un bref message de condoléances, mais sans évoquer le parcours de l'homme.

"Mes condoléances et mon respect le plus sincère pour la famille du sénateur John McCain. Nos coeurs et nos prières sont avec vous!", a-t-il écrit.

- "Il pardonnait facilement" -

John McCain était l'un des rares élus du Congrès célèbres hors des frontières des Etats-Unis. De l'Europe au Pakistan, nombre de dirigeants étrangers ont salué sa mémoire.

De son vivant, John McCain n'a pas toujours été une figure consensuelle.

Aux primaires présidentielles de 2000, il cultiva une image de républicain centriste au fort franc parler, mais il échoua face à George W. Bush, plus en phase avec l'orthodoxie conservatrice.

Au Sénat, il fut partisan farouche de la guerre d'Irak et regretta le départ des troupes américaines, sous Barack Obama. Sa défense d'une hausse continue des dépenses militaires était critiquée à droite comme à gauche comme irresponsable budgétairement.

Il est aussi accusé d'avoir mis le pied à l'étrier aux précurseurs de la mouvance conservatrice populiste du Tea Party en choisissant comme colistière Sarah Palin, lorsqu'il fut candidat républicain à la Maison Blanche en 2008 --une décision qu'il finira par regretter.

Mais son engagement contre la torture, pour une réforme de l'immigration favorable aux sans-papiers et pour défendre une tradition politique de civilité l'ont au contraire vu transcender les divisions partisanes.

L'autre sénateur de l'Arizona Jeff Flake a raconté dimanche que, certes, son ancien collègue avait un caractère volcanique. "Mais il pardonnait facilement, passait à autre chose et préférait voir ce que ses adversaires avaient de bon. C'est une leçon bien utile dans la période actuelle", a-t-il dit sur ABC.

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