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Kenya: "Nous devons faire encore plus" contre le dopage, estime le chef de l'Adak

Kenya:
Japhter Rugut, chef de l'Agence antidopage kényane (Adak) lors d'un interview à l'AFP, le 25 juin 2019 à NairobiSIMON MAINA
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Japhter Rugut, le chef de l'Agence antidopage kényane (Adak), estime que celle-ci a beaucoup œuvré depuis sa création en 2016, notamment pour l'éducation des athlètes, mais qu'elle doit "faire encore plus" pour que la suspicion entourant le Kenya disparaisse.

Q: Quelles étaient vos priorités lors de la création de l'Adak?

R: "Le plus gros défi à l'époque était l'éducation. Parce que nous entendions sans arrêt les athlètes qui avaient été testés positifs nous dire qu'ils ne savaient pas. Alors on a commencé par ça, développer des programmes d'éducation ciblant les athlètes eux-mêmes."

Q: En quoi l'éducation contre le dopage consiste-t-elle?

R: "La première chose, c'est d'essayer d'inculquer des valeurs, en particulier quand (les athlètes) sont encore jeunes et grandissent. En matière d'éthique, nous voulons qu'ils sachent que ce n'est pas bien de tricher. Mais plus important encore, nous avons besoin qu'ils comprennent qu'en tant qu'athlète, il ne s'agit pas juste de choisir n'importe quel médicament au comptoir (d'une pharmacie) et de l'utiliser, il s'agit de poser des questions et de se renseigner."

Q: Que faites-vous pour lutter contre les personnes qui fournissent les produits dopants?

R: "Nous avons un partenariat avec le Comité (kényan) de la Pharmacie et des Poisons. C'est maintenant à cet organe de régulation (...) de contrôler ça. Dans d'autres pays, vous ne pouvez pas acheter n'importe quel médicament. Les règlementations sont très strictes. Nous voulons faire en sorte que ce soit la même chose au Kenya, avec une vraie traçabilité. Ces règlementations existent. Mais je pense que, peut-être, précédemment, elles n'étaient pas appliquées."

Q: En quoi le nombre d'athlètes de haut niveau au Kenya complique-t-il la donne pour l'Adak?

R: "C'est notre plus grand défi. En terme de chiffres seulement, on parle de milliers et de milliers. Couvrir tout le monde sera un défi pour nous. Nous devons encore développer nos programmes, recruter du personnel, peut-être même recevoir plus d'argent du gouvernement. Nous cherchons à être dissuasifs. Parce que si les gens pensent qu'ils peuvent courir sans être testés, ils pourraient être tentés (par le dopage)."

Q: Justement, le Parlement a récemment décidé de réduire votre budget. En quoi cela va-t-il affecter votre travail?

R: "Une jeune agence (comme l'Adak), avec un mandat spécifique et pas commun, devrait bénéficier d'un soutien renforcé. Nous devons encore muscler nos programmes, et non les réduire. Nous n'avons pas fait suffisamment en termes d'éducation. Nous devons faire encore plus."

Q: Que répondez-vous aux gens qui estiment que la lutte antidopage au Kenya pâtit de la corruption?

R: "Jusqu'ici, nous n'avons aucun cas documenté dans lequel un membre de notre personnel a été directement accusé de corruption. Nous avons des séminaires de sensibilisation pour nous-mêmes. Juste pour nous assurer que (nos employés) sont capables de faire leur travail sans penser au bénéfice personnel qu'ils pourraient tirer s'ils acceptaient un pot-de-vin."

Q: La Fédération internationale d'athlétisme (IAAF) considère toujours le Kenya comme l'un des pays les plus à risques. Comment changer cela?

R: "C'est simple: nous devons faire plus de tests, plus d'éducation, et nous devons avoir moins de cas positifs. Nous sommes parmi les quelques pays où les gens sont les plus susceptibles d'être testés (positifs). C'est peut-être à cause de la population. Quand on a la population d'athlètes que nous avons, les cas de dopage et les risques sont plus élevés qu'ailleurs. Le message doit passer, l'éducation doit être améliorée, il faut faire beaucoup plus de tests et je pense qu'au final, à court ou moyen terme, nous serons enlevés de la liste de suivi."

Q: Craignez-vous que le Kenya soit, comme en 2016, menacé d'exclusion des JO-2020?

R: "Nous pensons que ça ne se répétera pas, car nous avons maintenant des programmes en place. L'inquiétude à l'époque, c'était qu'il n'y avait pas de programme. Il y avait beaucoup de doutes sur notre capacité à aligner une équipe propre. Nous pensons que si nous maintenons notre dynamique entre maintenant et le milieu de l'année prochaine, nous serons en mesure de présenter une équipe propre aux jeux Olympiques, et nous sommes confiants que l'intégrité de la compétition sera respectée."

Propos recueillis par Cyril Belaud

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