L'antisémitisme, "clignotant" d'un système "en faillite" pour la rabbin Delphine Horvilleur

L'antisémitisme,
La rabbin Delphine Horvilleur pose pour l'AFP à Paris en 2015JOEL SAGET

L'antisémitisme est un "clignotant qui annonce que le système est menacé ou en faillite", estime la rabbin Delphine Horvilleur, figure en France du judaïsme progressiste, qui revisite les textes sacrés tout en interrogeant l'identité juive.

Dans son livre "Réflexions sur la question antisémite" (Grasset, sorti en janvier), clin d’œil à "Réflexions sur la question juive" de Jean-Paul Sartre, l'une des trois femmes rabbins en France explore comment la haine des Juifs peut être interprétée à partir des textes fondateurs et de la littérature rabbinique: "rivalité familiale", "combat de civilisation", "guerre des sexes"...

"Les textes de la tradition juive ont un regard très particulier pour essayer de comprendre dans quelles circonstances la poussée antisémite prend le dessus, chez un individu, un groupe, une famille, un clan ou une Nation", explique à l'AFP cette représentante du Mouvement juif libéral de France (courant minoritaire en France) qui officie depuis maintenant dix ans dans une synagogue du XVe arrondissement de Paris.

Elle livre sa définition: ce n'est "pas une simple xénophobie", ni du racisme, car le Juif est "souvent haï, non pour ce qu'il n'a pas mais pour ce qu'il a". "L’antisémite finit par croire que le Juif est, pour toujours, +plus+ que lui", écrit-elle.

"L'antisémitisme, malheureusement est, et a toujours été, l'élément précurseur, presque le clignotant qui annonce que le système ou l'édifice tout entier est menacé ou en état d'échec ou de faillite", observe-t-elle.

Elle décrit l'expérience récente de la France: "le passage à l'acte, au début des années 2000 avec l'assassinat d'Ilan Halimi, puis les tueries de Toulouse en 2012, des moments où l'antisémitisme frappe et où on n'a pas été capable de le nommer. C'est évident aujourd'hui que cela annonçait le reste", juge-t-elle en citant les attentats jihadistes de 2015 ayant visé Charlie Hebdo, le supermarché Hyper Cacher et le Bataclan.

- "Poser des questions" -

Faut-il publier régulièrement des statistiques sur l'antisémitisme ? "La prise de conscience est essentielle" mais "quand on tire une sonnette d'alarme, le risque est qu'elle envoie tout le monde aux abris". Et que cela "renforce le communautarisme".

Autre risque, "c'est que dorénavant, on ne raconte que comme cela l'expérience juive en France". "Le paradoxe est compliqué à gérer", reconnaît-elle. Et de prévenir, en riant: "les rabbins, ça sert à poser des questions, pas à apporter des réponses !"

Pour autant, elle "explore" la façon dont la lecture rabbinique permet d'avertir "les nouvelles générations", pour qu'elles puissent y faire face. Les textes "nous disent +ce mal (l'antisémitisme, ndlr), va muter. N'imaginez pas que vous allez vous en débarrasser, mais soyez capable de voir dans quelles circonstances il surgit", et comment "se relever".

Delphine Horvilleur, qui a d'abord fait des études de médecine à Jérusalem, puis de journalisme avant d'étudier le rabbinat aux Etats-Unis (ce n'est pas possible en France), questionne aussi l'identité juive, dans un contexte de "compétition victimaire", de quête de "l'authentique" ou encore par exemple à travers la question d'Israël.

Une affaire de croyance? "Il y en a certains pour qui le judaïsme est extrêmement important dans leur vie, dans leur identité, leur définition d'eux-mêmes, mais qui ne croient pas en Dieu. C'est le cas dans ma synagogue. De leur point de vue, le judaïsme est plutôt de l'ordre de l'appartenance à un collectif, ou alors de l'ordre du lien à une histoire partagée, parfois c'est ... un lien poétique à l'hébreu, parfois c'est même un lien à l'humour juif !", énumère-t-elle.

"En fait, on n'a jamais fini de dire ce que cela veut dire d'être juif, personne ne sait le définir".

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