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L'Arabie saoudite confirme la mort du journaliste Khashoggi dans son consulat: son explication est-elle crédible?

L'Arabie saoudite confirme la mort du journaliste Khashoggi dans son consulat: son explication est-elle crédible?

Crédible pour le président américain, troublante pour le patron de l'ONU: la confirmation par l'Arabie saoudite de la mort du journaliste Jamal Khashoggi provoque émotion et interrogations sur la version de Ryad.

Le royaume a annoncé samedi matin que Khashoggi avait été tué à l'intérieur de son consulat à Istanbul lors d'une rixe. A un journaliste qui lui demandait s'il jugeait cette version "crédible", M. Trump, en déplacement dans l'Arizona, a répondu: "Oui, oui". "Encore une fois, il est tôt, nous n'avons pas fini notre évaluation ou enquête mais je pense qu'il s'agit d'un pas très important", a-t-il ajouté en se référant aux révélations saoudiennes.

Critique envers le prince héritier, Jamal Khashoggi, 59 ans, vivait en exil aux Etats-Unis depuis 2017, où il collaborait notamment avec le Washington Post. Sa disparition, le 2 octobre dernier au consulat d'Istanbul, a suscité une crise internationale.

La confirmation de la mort de Khashoggi a été relayée peu avant l'aube par l'agence de presse officielle saoudienne SPA qui a fait état du limogeage de deux hauts responsables saoudiens et de l'arrestation de 18 suspects, tous Saoudiens. Selon SPA, il est mort à la suite d'une rixe. Le directeur d'un centre de réflexion considéré comme proche du pouvoir à Ryad, a donné une autre version. "Khashoggi est mort d'un étranglement au cours d'une altercation physique, pas d'une rixe", a déclaré Ali Shihabi.

Les enquêteurs turcs ont poursuivi leurs investigations vendredi, fouillant notamment une vaste forêt proche d'Istanbul. Selon plusieurs médias du Moyen Orient, le journaliste aurait été torturé, décapité et son corps démembré.


Trump écarte les représailles

Ménageant dans un premier temps le royaume sunnite au nom des intérêts stratégiques communs, Donald Trump avait admis pour la première fois jeudi que le journaliste était très probablement mort, menaçant l'Arabie saoudite de "très graves" conséquences.

Après les révélations sur la mort de Jamal Khashoggi par Ryad, le 45e président des Etats-Unis a dit "préférer que nous n'utilisions pas, comme représailles, l'annulation de l'équivalent de 110 milliards de dollars de travail, ce qui veut dire 600.000 emplois", allusion à des contrats militaires passés avec l'Arabie saoudite.

Sarah Sanders, porte-parole de l'exécutif américain, a présenté les "condoléances les plus sincères" de la Maison Blanche, à la famille, la fiancée et les amis de Jamal Khashoggi. "Les Etats-Unis prennent note de l'annonce par le royaume d'Arabie saoudite que l'enquête sur le sort de Jamal Khashoggi progresse et qu'il (le royaume, ndlr) a entrepris des actions à l'encontre des suspects qui ont été pour l'instant identifiés", a dit Mme Sanders, précisant que les Etats-Unis étaient "attristés" d'apprendre sa mort.

Il est difficile de trouver cette dernière "explication" crédible

Le sénateur Lindsey Graham, proche allié du président Trump était, lui, beaucoup plus circonspect à propos des circonstances de ce décès. "Dire que je suis sceptique sur la nouvelle version saoudienne sur M. Khashoggi est un euphémisme (ndlr: atténuation d'une pensée ou d'un fait)", a tweeté le sénateur républicain. Une remise en cause claire de la version officielle de l'Arabie saoudite. "Il est difficile de trouver cette dernière 'explication' crédible", a tonné, dans un autre tweet, ce parlementaire républicain de Caroline du Sud.

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Autre sénateur républicain, Bob Corker a dit douter de la crédibilité d'autorités saoudiennes qui ont auparavant répété que Khashoggi était sorti vivant du consulat. "L'histoire que les Saoudiens ont racontée à propos de la disparition de Jamal Khashoggi continue à changer chaque jour, donc nous ne devrions pas prendre leur dernière version pour argent comptant", a tweeté M. Corker, qui est le président de la commission des Affaires étrangères au Sénat.

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Mike Coffman, un représentant républicain qui connaît une campagne difficile en vue de sa reconduction lors des élections du 6 novembre, a quant à lui estimé que les Etats-Unis devaient "défendre nos valeurs et exiger que nos 'alliés' respectent les droits de l'homme".

L'élu du Colorado, membre de la Commission des forces armées de la Chambre des représentants, a en outre exhorté M. Trump à rappeler l'ambassadeur américain par intérim en Arabie saoudite. Le président doit encore nommer un ambassadeur à Ryad.

Bob Menendez, membre démocrate de la commission des Affaires étrangères au Sénat, a lui estimé que les Etats-Unis devaient sanctionner les Saoudiens impliqués.

"Même si Khashoggi est mort en raison d'une altercation, rien n'excuse son meurtre", a-t-il tweeté. "C'est loin d'être la fin (de l'affaire) et il faut que nous maintenions la pression internationale".


Antonio Guterres "profondément troublé"

Le secrétaire général de l'ONU s'est dit "profondément troublé par la confirmation de la mort de Jamal Khashoggi", selon un communiqué des Nations unies, et "souligne la nécessité d'une enquête rapide, approfondie et transparente sur les circonstances du décès".  La rapidité de la réaction d'Antonio Guterres après l'aveu saoudien tranche avec la prudence observée jusqu'alors à l'ONU depuis début octobre.


RSF appelle à ne faire aucun "compromis" avec Ryad

Tout "compromis" avec l'Arabie saoudite au sujet du meurtre de Jamal Khashoggi reviendrait à donner "une autorisation à tuer" à un royaume qui "kidnappe" et "tue" des journalistes, a mis en garde samedi le secrétaire général de Reporters sans frontières (RSF), Christophe Deloire.

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"Toute tentative de lever la pression sur l'Arabie saoudite et d'accepter une politique de compromis aurait pour conséquence de donner une 'autorisation à tuer' à un royaume qui incarcère, fouette, kidnappe et même tue des journalistes qui osent enquêter et lancer des débats", écrit M. Deloire sur Twitter. Dans un autre tweet, il ajoute qu'"après la reconnaissance de la mort" de Khashoggi, RSF "attend qu'une pression déterminée, constante et puissante soit maintenue sur l'Arabie saoudite, afin de faire toute la vérité sur l'affaire et obtenir la libération de journalistes saoudiens qui ont été condamnés à des peines horribles et folles".

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